LETTRE A MON FRÈRE DANS LA FOI : LE PARDON







Mon Cher Guillaume,

Pardonne-moi d’aborder un tel sujet, toi qui es incapable de concevoir le mal. Tu en seras interloqué, mais me connaissant, tu m’en pardonneras volontiers. En fait, c’est ton innocence qui me pousse à te faire part de mes réflexions sur ce thème ; le pur ne conçoit pas le mal. Tu es une denrée rare, hors de prix en ces jours de ténèbres. Tu t’es trompé d’époque, le Haut-Moyen-âge t’eut mieux convenu, tu te serais épanoui dans les combats épiques pour la justice ou l’honneur d’une gente dame. Mais tu le sais ô combien ! L’honneur n’est plus côté, l’amoral est honoré. Je ne vais pas développer ici un sujet qui est comme les tonneaux des danaïdes.


Les journalistes, experts en manipulations, parleront de marronniers ; hélas, hélas mon ami, ceux-ci ont oublié d’apprendre à se taire ; ils sont de la bavasse comme les aurait qualifiés un personnage sortit des romans de Marcel Pagnol. A quand le grand silence précédant le Jour ?



Le pardon, pour le chrétien est contenu dans la vie théologale, il en est l’un des actes, et le commandement du Seigneur Jésus est sans réplique : Pardonnez, pardonner ; priez pour vos ennemis. Ce commandement nous démarque radicalement du reste du monde, et aucune autre religion ne l’a introduit dans sa culture comme la religion chrétienne ; il en est de même pour l’aveu : Reconnaissons, que nous sommes pécheurs, ce sont-là les paroles que le célébrant prononce à l’ouverture de la messe ; ce qui peut se traduire par : Reconnaissons, que sans Dieu nous ne sommes rien.


Nos frères aînés, dans la foi en un Dieu Unique, l’ont dans leur doctrine, ils ont même une commémoration, le Grand Pardon, mais ils ne l’ont guère intégré dans leur culture, dans leur sociologie. Ils ont oublié que leur survie, face à la colère de YAHWEH, à leur sortie d’Egypte, ils la doivent à l’intercession de Moïse. Ils ont oublié l’essence de leur élection : Un peuple de miséricorde. Mais laissons-là ce drame, il ne nous appartient pas de l’aborder, il relève de Dieu. Il est très surprenant, pour un non juif, de constater que jamais ce peuple n’a su retirer les leçons pratiques de ses erreurs et de son histoire, sauf à toujours vouloir se venger, car la faute c’est toujours le goy qui en est le responsable, s’il n’existait pas, il ne ferait aucune faute…


Le pardon est sans doute ce qu’il y a de plus difficile à mettre en pratique, quand bien même nous passerions des années à méditer sur l’extraordinaire miséricorde de Jésus sur la croix qu’Il exprime envers le Bon Larron ; hélas mon frère, nous ne sommes pas Jésus, et nous ne pouvons pas clamer comme l’Apôtre Paul : « Ce n’est plus moi qui vit en moi, mais c’est Jésus qui vit en moi ». Nous manquons de cette force de caractère qui nous ferait traverser les aventures intérieures les plus héroïques. Convenons-en, il nous est un impératif que de vivre la chair du Notre Père dans notre chair : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». Ce n’est pas de la tarte ! Décidément, Jésus n’est pas venu vers nous pour jouer à la pétanque !

Notre catéchisme nous enseigne que, selon les Saintes Écritures, nul ne se sauve seul, et nul ne se damne seul ; si nous demandons à Dieu de nous pardonner pour nos péchés envers Lui et notre prochain, comment ne serions-nous pas dans l’obligation morale et spirituelle de pardonner à ceux qui nous offensent ? La question que je te pose, je me la pose, et je suis fou d’oser la poser, puisque nécessairement cela induit que je fasse un examen de conscience. Suis-je réellement capable de pardonner à mon prochain, parfois le plus proche ? Il est sans doute plus facile de gravir l’Himalaya en tong, que de pardonner. Car il ne suffit pas de pardonner de la parole, mais en acte : Prier pour l’offenseur, le consoler de l’offense qu’il nous a faite, s’il exprime son regret.

Très souvent, lorsque l’on se sent blessé, c’est à cause de notre égo, notre susceptibilité voir notre orgueil. Car la blessure, qui nous affecte, quel que soit sa nature, a la vertu de nous humilier, et il n’est guère facile d’accepter une humiliation venant de l’autre. C’est alors qu’on se replie sur son égo, et que des sentiments confus nous assaillent, nous éloignent de l’urgence du pardon. Ah ! Me diras-tu, mais pour pardonner, il faut que l’assaillant me demande pardon. Lorsqu’un enfant blesse sa mère par sa désobéissance, crois-tu qu’elle attend qu’il lui demande pardon pour le pardonner ? Ne crois-tu pas qu’une mère pardonne avant même que la faute soit commise ? Car comment veux-tu enseigner la miséricorde, la compassion à un enfant si la maman ne porte pas en elle son pardon ? Certes, selon les circonstances, elle peut être immédiatement dans la punition, mais est-ce là un manque de pardon ? Croiras-tu un seul instant que la très Sainte Vierge Marie, à l’Annonciation, dans son Fiat, ne savait pas que le Fils qu’elle porterait serait offert en sacrifice ? Et qu’elle se devait, de par son amour pour son Rédempteur, tenir ferme le pardon envers les pécheurs ? Là, pour le coup, me voici enfermé dans mon développement, obligé à l’examen. L’Esprit Saint a de l’humour !

S’il est un fait que notre époque manque de vérité ; mais à cause de ce manque, il en est un de plus tragique : l’absence du pardon, le besoin de vengeance qu’on dissimule derrière des procédures judiciaires souvent menteuses pour se satisfaire d’un besoin de masquer sa propre turpitude, il faut donc un bouc émissaire, mais il nous a été donné : Jésus. Nos sociétés aujourd’hui sont prises au piège de leur rejet de Dieu, elles s’enferment dans les violences qu’elles génèrent par leur volonté transgressive, et cela, jusqu’à ne plus supporter la promesse d’un sourire, qu’il faut immoler au plus vite. L’innocent n’est plus supportable ! Car au fond de moi, dans ce qui me reste d’humain, je me sais coupable.

Mais ce premier exercice du pardon est facile, le plus dur n’est-il pas de demander pardon à l’offensé ? Je te le dis mon frère, les deux sont unis quoique distincts, mais il faut parler d’un pardon plus radical, qui est fait de feu, se pardonner à soi-même pour que jamais notre péché nous écrase au point qu’il ne permet pas d’accueillir la Miséricorde dans son offre ultime. Le pardon que nous nous devons, n’est pas le fruit d’un jugement que nous prononcerions sur nous-mêmes, nous n’en avons pas le droit, mais il s’agit de cette prise de conscience de la blessure infligée à ce Jésus qui nous propose son pardon. Tu vois à quel point le pardon est une nécessité de survie spirituelle, sociologique. C’est un impératif d’amour que nous devons non pas seulement à notre Créateur, mais au plus lointain de nos prochains pour qu’il puisse recevoir cette lumière, qui l’attire vers le Sauveur.

Saint François d’Assise pleurait en répétant l’amour n’est pas aimé. Aimer l’Amour, c’est aimer Dieu en la Personne de Jésus, qui Lui est toujours à l’heure et même en avance pour nous rencontrer dans sa Miséricorde, alors, alors comment ne pas Le supplier pour qu’Il nous aide à pardonner et à demander pardon pour nos offenses ?

On ne peut rien sans l’aide de Notre Seigneur. Demander son aide pour satisfaire à sa volonté d’amour n’est possible que parce que l’Esprit Saint, qui est en nous par le baptême, nous souffle cette demande, nous l’inspire.

Prier pour nos ennemis est une démarche efficace de libération pour soi-même, pour ne pas avoir part à leurs péchés et se libérer de leurs effets, et pour donner à Dieu un canal par lequel ses grâces puissent descendre vers l’offenseur, l’ennemi. L’attention d’amour de charité que nous exprimons dans nos prières est un couloir de grâces pour l’objet de la prière et pour nous-mêmes. La prière pour nos ennemis permet à Dieu d’appeler à la conversion et d’expulser les mauvais esprits qui rôdent autour de nous pour nous happer. La puissance du pardon est puissance d’amour.

Le pardon est un acteur majeur pour qu’une société ne s’étouffe pas avec ses péchés, mais hélas, il faut en convenir, aujourd’hui le pardon est comme l’or que l’on espèrerait trouver dans le lait sorti du pi de la vache, et pourtant, savais-tu qu’il fait partie des remèdes à beaucoup de guérisons comme le cancer ? En ne pratiquant plus le pardon, on empêche la paix véritable de triompher.

Pardonnons, mais pardonnons à nos offenseurs, à nos ennemis, ne nous refusons pas à une exigence évangélique qui notre vraie puissance surnaturelle sur la terre des hommes.





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