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LES VEILLEES DE TOLBIAC : 1er partie, LA QUÊTE DE LA VÉRITÉ

Dernière mise à jour : 19 juin


ARISTOTE


 

 

 

 

 

LES VEILLEES DE TOLBIAC

 

 

INTRODUCTION

 

 

Le catholique est le témoin de la vérité. Il rend compte de "l'espérance qui est en lui[1]".  Son témoignage ne se réduit pas à dire sa foi en Dieu qui est Jésus-Christ, il s'étend à tous les domaines de la création qu'il appréhende. Sa relation avec la création part du réel duquel émane une vérité qui a sa propre autorité.


La vérité est omniprésente dans la création. Elle éclaire l'homme dans sa conscience morale et celle de son existence. Elle éveille en lui la loi naturelle et le droit naturel. Elle est présente en Adam dès le souffle du Dieu Créateur qui l'anime.


Notre génération négocie le virage conclusif de nos six mille ans d'histoire. Elle fait face à notre temps de justice, de purification et de réparation. Nous commençons à rendre compte de ce que nous faisons et avons fait des fruits de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ.


Nous continuons pour autant de témoigner et d'enseigner la vérité y compris dans le silence qui nous enfermera à cause du zèle lucifériens de ceux qui se sont faits serviteurs du mensonge, parce-que la vérité est de tous les domaines de l'homme même là où le mal est la mort.


L'histoire commence dès la première particule de matière inconnue, puisque le temps est créé dans le même instant T. Il appartiendra à Adam d'en être le premier rédacteur par la conscience de son environnement et les liens de nécessité qui s'établissent entre lui et le reste de la création. Les versets 18 à 20 confirment que l'homme est le seul à avoir une histoire, à la rédiger mais pas sans l'intervention de son Créateur qui la co-écrit[2] avec lui.


Adam est confronté à deux constituants du réel : la matière et le temps. N'est-ce pas par le créé que l'Incréé se communique préparant l'Incarnation du Verbe ? C'est dans un descendant de la chair d'Adam qu'Il s'incarnera[3].


Une relation causale entre Adam et l'ensemble du créé s'établit par la raison que la vérité illumine et par laquelle se découvre la loi naturelle et le droit naturel. Une condition de vie ontologique que rien ne peut remettre en cause, pas même la volonté transgressive de l'homme d'iniquité.


Adam et Eve souillent l'histoire dès qu'ils consomment le péché originel. C'est l'acte fatidique qui introduit le mensonge là où aurait dû régner la Vérité, le mal là où aurait régner exclusivement le Bien. Le premier champ mémoriel inter-relationnel du mal[4] est alors constitué.


Le fidèle du Christ Jésus ne peut pas cesser de témoigner de la vérité, surtout pas dans la tourmente que nous affrontons. Il affirme une liberté qui grandit en lui : " […] la vérité éclaire l'intelligence et donne sa forme à la liberté de l'homme, qui, de cette façon, est amener à connaître et à aimer le Seigneur – […] les hommes deviennent "lumière dans le Seigneur" et "enfants de la lumière" et ils se sanctifient par l'obéissance à la vérité[5]."


Le fidèle entretient la voie, le chemin qui mène à la Vérité qui est Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme. Il permet à tout homme d'entrer en sagesse naturelle et surnaturelle : "Il est nécessaire d'accomplir un pas supplémentaire. L'homme veut connaître – il veut la vérité. La vérité est avant tout un élément en relation avec le fait de voir, de comprendre, avec la theoria, comme l'appelle la tradition grecque. En établissant une corrélation entre les Béatitudes du Discours sur la Montagne et les dons de l'Esprit mentionnés dans Isaïe 11, Augustin a affirmé une réciprocité entre "scientia" et "tristitia" : le simple savoir, dit-il, rend triste. Mais la vérité signifie davantage que le savoir : la connaissance de la vérité a pour objectif la connaissance du bien. Tel est le sens de l'interrogation socratique : quel est le bien qui nous rend vrai ? La vérité nous rend bons, et la bonté est vraie : tel est l'optimisme qui est contenu dans la foi chrétienne, car à celle-ci a été accordée la vision du Logos, de la Raison créatrice qui, dans l'Incarnation de Dieu, s'est en même temps révélée comme le Bien, comme la Bonté elle-même[6] ".


Le fidèle est acteur de l'accomplissement des temps, dans l'espérance alors que, l'apostat et l'incroyant s'enferment dans le rejet de la miséricorde et provoquent la justice divine : " La vérité vous rendra libres." Et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libre[7]."

 

 

 

 

 

st Thomas d'Aquin

 

 

 

LA QUÊTE DE LA VÉRITÉ



 

DE LA PHILOSOPHIE


 

JOSEPH : - Albert, qu'est-ce que la quête de la vérité ?


ALBERT : - Elle est, pour nous catholiques, une Personne vivante, Jésus-Christ.

La quête de la vérité fait appel à la Révélation que l'on aborde par la théologie fondamentale qui est la science du Dieu révélé. Elle comprend la théologie morale, car l'homme est révélé par la Révélation de Dieu. La philosophie intègre cette quête. Elle est comprise comme une science selon les définitions en vigueurs. A-t-elle été perçue comme science en elle-même depuis l'origine ?

Si nous nous en tenons aux fondateurs de la philosophie à commencer par les Celtes, selon le témoignage des penseurs grecs, à l'origine, les fondateurs la voyaient comme un contenant dans lequel étaient rassemblés toutes les sciences. Ils ne la concevaient pas comme une science en elle-même, d'où philo qui signifie ami et sophia qui signifie science et sagesse.


L'intention des premiers philosophes de l'antiquité était la quête de la vérité par la compréhension du monde créé, et donc son sens. La recherche de la vérité n'était pas pour eux une option mais le sens même de leur quête. Ils étaient considérés comme des sages par l'ampleur de leurs connaissances.

 

JOSEPH : - Dans le courant du XIIIème siècle, le nominalisme s'attaque au fondement de la philosophie en tant qu'elle est recherche de la vérité, et de ce fait, il remet en cause le bien-fondé de la scolastique surtout celle de saint Thomas d'Aquin. Deux figures dominent ce courant : Guillaume d'Ockham, franciscain et John Wylcklif, prêtre séculier.


Duns Scot[i], domine également son temps, c'est lui qui jettera les bases théologiques de la définition du dogme de l'Immaculée Conception, et à qui on fera porter injustement une co-responsabilité directe de la crise du nominalisme apostériori alors qu'il en était totalement éloigné.


Ockham et Wylcklif par leur déviance volontaire ont contribué à faire que la philosophie devienne une science pour elle-même. Ils prendront position contre la métaphysique d'Aristote et donc contre celle de saint Thomas, au prétexte faux qu'il ne se pouvait comprendre de Dieu que ce qu'Il avait directement révélé de Lui-même. Cette proposition revenait à limiter l'usage de la raison qui aboutira à ne pas reconnaître à la religion sa capacité raisonnable. Proposition aberrante, qui creusa le chemin de toutes les hérésies postérieures entre autres, celle de la réforme-protestante.


L'hérésie nominaliste aboutira aux propositions extrêmes d'Ockham et de John Wycklif. Ils remettaient en cause l'organisation et la hiérarchie de l'Eglise dans ses structures matérielles, et ils développeront une conception de la pauvreté jetant les bases d'un évangile matérialiste qui plus tard sera désigné par "évangile de la libération". Les positions d'Ockham et de Wycklif auront pour conséquence pratique et extrême, l'affaire des fraticelles ayant à leur tête, Pierre de Jean Olivi dit Ubertin de Casale. Ils se rendront coupables de rapines, de violence, d'assassinats, annonçant les révolutions matérialistes du XIX et XXème siècles. Toutes les hérésies et idéologies modernes y ont leurs racines dans le nominalisme.


La philosophie fut considérée comme une science pour elle-même, quand on imposa et généralisera que l'idée de l'objet que je me fais est plus importante que la vérité objective, réelle que contient cet objet.


Ces philosophes feront croire que la vérité est relative, parce-qu'ils ne supportent pas qu'elle ait son propre mouvement d'autorité, ce qui allait à l'encontre des courants néo-platoniciens. Ils n'admettent pas que leurs certitudes, a priori, soient remises en question. Ils en sont venus à imposer leurs propres règles créées de toutes pièces selon leur ego, faisant de la philosophie, selon leur errance, une sorte de sanctuaire au-delà duquel rien n'est acceptable. Ce lieu se constituera en une zone – intello-sociale – dans laquelle se cultive par trituration des éléments parcellaires de la vérité en vue de leurs idéologies à seule fin de justifier leurs positions, celles venant d'un égotisme dissimulé par un faux habillage d'intérêt général[8]. Ils ne souffrent aucune opposition, si bien, qu'ils généreraient des révolutions, des génocides. Ces tenants du mensonge triomphent dans leurs apanages médiatiques et, également au sommet de la hiérarchie matérielles et institutionnelle de l’Église Catholique. Des agités du bocal.

 

ALBERT : - C'est la raison pour laquelle la métaphysique n'est plus guère enseignée, parce-qu'elle impose d'accepter l'autorité de la vérité. Elle est écartée au profit de l'ontologie[9] qui est l'étude des propriétés générales de l'être. Elle est dévoyée en – ontologisme[10] – une doctrine fondée sur l'intuition réelle des êtres de raison et également sur l'intuition de l'Être absolu qui est Dieu, dans ce cas, la vérité du réel est écartée, et Dieu n'est plus qu'un vague nuage, puisqu'Il n'est pas regardé comme le principe de la vérité.


René Descartes, en consommant la rupture avec la théologie, et en relativisant l'autorité de la vérité, scelle un tournant qui sera dévastateur. Il inversera la métaphysique avec son Je pense donc je suis !  Il fait passer l'existence devant l'essence, car selon lui, l'homme est l'auteur et l'acteur de sa propre existence, la cause de sa conscience morale. Il actualise les possibles du péché de transgression, il étend conséquemment le champ mémoriel inter-relationnel du mensonge structuré : Le péché contre l'Esprit, et favorise une science sans conscience.

 

 

 

DE LA RAISON

 

 

JOSEPH : - Quel est le principe raisonnable sur lequel s'appuient ceux qui dénient à la religion l'emploi de la raison ? Cette position ressemble à une guerre de tranchées contre tout ce qui pourrait démontrer leurs erreurs qu'ils imposent comme vérité depuis Descartes à nos jours, c'est le fonds de commerce des haineux de Dieu, de la vérité et finalement de l'homme. Leur raison d'être qui les certifient intellectuels s'effondrerait, ils n'auraient plus d'apanages médiatiques. Ils n'ont aucune légitimité ni fondement philosophique à nier à la religion l'usage juste de la raison : " Logos désigne à la fois la raison et la parole – une raison créatrice et capable de se communiquer, mais justement comme raison.[11]"

 

ALBERT : - Nier au croyant, et singulièrement au chrétien, l'usage de la raison, au prétexte que les deux seraient incompatibles, revient à nier à soi-même être pourvu de la réalité de la Puissance intellective[12].


Jésus de Nazareth, dans ses controverses avec les pharisiens, fait une démonstration magistrale de la raison et du bon sens. Écoutons ce que nous enseigne le Pape Benoît XVI sur le sujet : "Il était clair qu'elles aussi – les université – en s'interrogeant sur la foi, dont la corrélation commune est le travail des théologiens […] il devenait nécessaire et raisonnable de s'interroger sur Dieu au moyen de la raison et de le faire en relation avec la tradition de la foi chrétienne[13]".

 

ALBERT : - Ceux qui nient le lien de nécessité entre la raison et la foi atteignent un point de rupture radical qui s'identifie au péché contre l'Esprit. Ils rejettent la Révélation. On ne rejette que ce que l'on connaît ou ce que l'on refuse de connaître. Dans ces deux cas, il est à propos de parler de péché contre l'Esprit, puisqu'il s'agit d'un refus raisonné de la vérité. Ce reproche vaut également pour les religions qui refusent l'approche raisonnable de leur doctrine ; de tels symptômes de l'âme se retrouvent dans les sectes, dans les courants catholiques rigoristes – progressistes et ultras – et dans toutes les mouvances de l'hérésie de la réforme-protestante ainsi que dans les Églises orientales non-unies à Pierre. C'est là, un mystère d'aveuglement dû à l'orgueil, et en ces temps, Dieu fait peser plus lourdement sa main bénite sur les orgueilleux. L'Église Catholique n'a pas à s'excuser d'être dans l'intention de Dieu, mais à hurler au pardon de Dieu pour le fait que sa hiérarchie s'installe dans une apostasie de croisière.

 

JOSEPH : - Tous ces courants religieux ou intellectuels qui nient explicitement l'usage de la raison ou s'y sont enfermés sans se rendre compte de leur glissement fatal s'inscrit dans les multiples courants que génère en flux continu le néo-platonisme.


Le refus de l'autorité de la vérité est un mensonge d'une extrême violence comme en témoigne l'histoire, puisque leur démarche ne peut aboutir à la recherche du Bien individuel et commun ni du Bon ni du Beau. Leur conscience morale est atrophiée, ce qui altère celle de leur propre existence.

 

ALBERT : - La vérité contenue dans la Révélation a besoin de la théologie qui a besoin de la philosophie et toutes les deux ont besoin de la raison pour expliquer en quoi Elle est la vérité. Le refus de reconnaître chez le croyant sa capacité à faire usage de la raison procède d'une forme très violente du despotisme intellectuel. Il est négateur de la liberté sous toutes ses formes. Il porte atteinte à la dignité de la personne, et il en est de même pour le croyant qui refuse d'en faire usage. Il se condamne autant au sectarisme qu'au fondamen­talisme : " Mais dans le même temps, il est vrai que le message de la foi chrétienne n'est jamais seulement une "compréhensive religious doctrine" […], mais encore une force purificatrice pour la raison elle-même, […] Le message chrétien, en vertu de son origine, devrait toujours être un encouragement en vue de la vérité et une force contre la pression du pouvoir et des intérêts." […] Le danger pour le monde occidental – pour ne parler que de lui – est aujourd'hui que l'homme, eu égard à la grandeur de son savoir et de son pouvoir, ne baisse les bras face à la question de la vérité. Et cela signifierait en même temps que la raison, en définitive, se plierait face à la pression des intérêts et à l'attraction de l'utilité, contrainte à la reconnaître comme critère ultime[14]."


La raison est le piolet de la vérité et le ciseau de l'intelligence.

 

 

DE LA VÉRITÉ

 

JOSEPH : - À quoi sert la philosophie si elle n'est plus recherche de la vérité ? L'homme est-il ordonné à la vérité ? Peut-il se dispenser de la vérité ?

 

ALBERT : - Définissons ce qu'est la vérité du seul point de vue intellectuel. Nous dirons que la vérité est la rencontre de l'intelligence avec l'objet qu'elle observe. L'homme ne pourrait être certain de la vérité qui émane de l'objet s'il n'avait en lui les capacités de discerner la vérité du mensonge et de l'erreur – loi naturelle –. Cette capacité n'est pas un acquis, car il faudrait alors se poser la question du comment a-t-il fait pour obtenir cet acquis – c'est le chat qui se mord la queue –. Il s'admet qu'elle procède des possibles que dispose en lui la Puissance intellective. C'est, parce-qu'il est intelligent, qu'il est ordonné à la vérité dès l'animation au Premier Génome. Il est dans sa nature de la rechercher et de la servir. La possession de la vérité lui vient de la Cause qui l'a créé et qui l'a animé. Si cette Cause lui a donné l'appétence pour la vérité, c'est donc que cette même Cause est intelligente et qu'Elle est la Vérité – il ne se donne de l'être que ce qu'il est de par sa nature –.


Ni le hasard ni l'accident ne conférent la Puissance intellective, puisqu'ils ne sont pas des créés, ce n'est pas leur nature.


La Cause qui a donné les possibles pour vivre en vérité, doit être Elle-même vérité et supérieure au sujet à qui elle confère les moyens d'atteindre cette vérité. Nous admettons que cette Cause qui est la Vie et la Vérité soit à rechercher afin de la rejoindre et d'être rejoint par Elle. Cette Cause, pour nous catholiques, est Dieu.


Il se constate que sans la vérité, il n'est pas possible d'être libre, ce qui induit que la vérité structure la Personne : " …la vérité éclaire l'intelligence et donne sa forme à la liberté de l'homme, qui, de cette façon, est amenée à connaître et à aimer le Seigneur[15]."

 

JOSEPH : - Crois-tu que la recherche de la vérité intéresse encore de nos jours ? Je crains bien que non ! L'image est l'idole, l'écran prédomine.

Peut-on déranger ce monde ?

 

ALBERT : - Le monde a fait sa niche dans la question mondaine de Pilate : "Qu'est-ce que la vérité ?" Il n'a toujours pas compris que le silence de Jésus pour réponse est une condamnation pour tous ceux qui la repoussent et lui enlèvent toute autorité.


Le silence est une source de puissance morale et surnaturelle plus forte qu'une bombe, car il est toujours fructueux s'il se charge d'amour. La puissance de la Parole vient de lui. Dieu est d'abords et toujours silence, c'est ce qui fait que sa Parole est créatrice. Les trois Personnes de la Très Sainte Trinité, Dieu Unique, se tenaient dans le silence de l'amour fécondant avant que tout ce qui est soit. La spiration d'amour et de vérité entre les trois Personnes est atteignable – touchable – par l'homme, tout en demeurant l'Inconnaissable de l'inconnaissance.


La Justice divine habitera le silence de Jésus face à Pilate, qui est le siège du jugement des nations, et c'est de lui que la Parole pour les justes et les injustes se fera entendre.

 

JOSEPH : - La vérité dérangera jusqu'à la fin des temps. Dieu suscite des âmes fortes pour qu'à chaque génération elles ne cessent d'approfondir la Vérité et d'en témoigner. Cette question sollicite l'homme jusque dans ses tripes, et sa réponse détermine la nature de son immortalité.

 

ALBERT : - L'homme est ordonné à la vérité. Si cela n'était pas le cas, Jésus, qui est le Verbe fait Homme, ne s'affirmerait pas tout à la fois être le chemin à suivre et la Vérité. Il ne se serait pas incarné, car c'est l'Incarnation du Verbe en l'humanité de Jésus le nazaréen qui rappelle que l'homme est ordonné à la vérité – les Dix Commandements en furent le premier rappel objectif et raisonnable – et par elle il est libre. Il eut été cruel qu'Il l'affirmât s'Il savait que l'homme n'était pas capable de Le suivre. Or, c'est par la vérité que l'on suit Jésus qui est la Vérité. S'Il ordonne à l'homme de Le suivre, parce-qu'Il est la Vérité, c'est que chaque homme est capable de vérité et donc de liberté. L'invitation de Jésus à la rechercher et à la suivre signifie aussi qu'elle est dans l'ordre de la nature de l'homme avant qu'elle ne vienne à lui comme chemin de salut. Dieu ne commande pas ce qui est impossible à l'homme. Toutefois, il faut accepter que l'homme sans la grâce ne puisse agir et ce, depuis le péché originel. Face à un drame – au sens grec – l'homme est dépourvu et ses seules forces lui font défaut. Il n'a d'autres issue pour demeurer dans sa quête de la vérité, de cheminer dans la vertu d'humilité : Chemin de dépouillement.

 

ALBERT : - L'histoire de la pensée qui commence avec l'antiquité, et qui est sous-jacente dans les âges plus reculés, démontre que l'homme est capable de vérité, et qu'il a en lui une appétence pour la rechercher, dans le cas contraire, il ne serait pas à l'image de son Créateur[16].

 

JOSEPH : - La vérité est une, puisque son principe est en Dieu : " Je suis le chemin, la vérité et la vie[17]". Dans la création, elle se manifeste à nos sens sous des formes et des substances différentes. Intégrons qu'elle est en nous. Mettons-nous à sa recherche. Elle viendra à nous, car notre démarche qui est l'expression d'un désir surnaturel, induit que nous la laissions venir à nous et s'y déployer.

 

ALBERT : - Si la vérité n'est pas en nous, nous ne pourrions être structurer, puisque sa recherche nous la fait posséder consciemment, et c'est alors qu'elle se déploie en nous et nous structure. Si elle n'était pas en nous dès notre animation, elle ne pourrait nous introduire dans sa plénitude, mais si je ne la recherche pas, je perds le sens de ce que je suis, puisque le mensonge prend alors la place due à la vérité.


Nous serions alors dans la situation d'un visiteur de musée en arrêt devant un tableau qui serait la vérité, sans autre objet que d'être vue sans que nous ne puissions jamais la comprendre. Il n'est pas possible d'avoir le goût, le désir de la vérité, si elle n'est pas constitutive de notre être, de notre personne dès le premier génome : " Aucun homme ne peut se dérober aux questions fondamentales : Que dois-je faire ? Comment discerner le bien du mal ? La réponse n'est possible que grâce à la splendeur de la vérité qui éclaire les profondeurs de l'esprit humain, comme l'atteste le psalmiste : "Beaucoup disent : "Qui nous fera voir le bonheur ?" Faites lever sur nous, Seigneur, la lumière de votre face" (Ps 4,7)[18].

 

JOSEPH : Le Pape saint Jean-Paul II écrit : "La splendeur de la vérité se reflète dans toutes les œuvres du Créateur et, d'une manière particulière, dans l'homme créé à l'image de Dieu.[19]"


L'homme est ordonné à la vérité. Le mensonge est un acte qui blesse le coupable jusqu'à le détruire ainsi que la société. Il est aussi irrémédiable que le meurtre.

 

JOSEPH : - Socrate, Aristote ont eu la grâce de découvrir l'existence de Dieu par leur droiture : Dieu Inconnu et Unique. Ils ont fondé une méthode de recherche de la vérité.


La Révélation chrétienne aura ouvert des espaces nouveaux pour sa recherche, une évolution qui fit dire à saint Augustin : "… la vérité signifie davantage que le savoir ; la connaissance de la vérité a pour objectif la connaissance du Bien." La vérité et l'amour ont tous les deux un lien de nécessité. Ils forment le sceau de l'homme de bien et surtout de l'homme de Dieu. Ils nous donnent le goût du ciel : " De ce fait, la réponse décisive à toute interrogation de l'homme, en particulier à ses interrogations religieuses et morales, est donnée par Jésus-Christ lui-même, comme le rappelle le deuxième concile du Vatican : "En réalité, le mystère de l'homme ne s'éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné." Adam, en effet, le premier homme, était la figure de celui qui devait venir, le christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l'homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation.[20]"

 

ALBERT : - La vérité n'est pas relative. Elle est ou n'est pas. Le relativisme n'a pas sa place dans la société chrétienne ni dans aucune société. L'Absolu n'est pas relatif : "Que ton oui soit oui et que ton non soit non".


Un relativiste entame une longue agonie de l'intelligence et de l'âme, car prisonnier du doute. Le doute n'est pas une méthode de recherche de la vérité, mais il agit tel un venin pour aboutir à douter de la réalité de sa propre existence ce qu'a parfaitement illustrer le tragique et déplorable Jean-Paul Sartre et son existentialisme.


Le Pape Benoît XVI dénonce la rupture entre philosophie et théologie : "Deux disciplines distinctes, qui doivent entretenir entre elles des relations " sans confusion ni séparation". La théologie use de la raison pour explorer le donné du révélé, élargissant ainsi le champ d'exploitation de la philosophie. Et celle-ci vieille à ce que la pensée chrétienne ne verse pas dans l'irrationnel[21]." La rupture de la philosophie avec la théologie a toujours des conséquences dans notre société. Nos philosophes de la rupture sont enfermés dans des contradictions insurmontables qui les poussent toujours plus au rejet de la Révélation chrétienne. Ils en sont au point qu'ils ne peuvent franchir l'inconnaissable du créé, puisqu'ils rejettent le connu du révélé, et ils se déploient dans l'ignorance de l'inconnaissance.


Il est douloureux de constater que parmi les élites de l’Église, cette rupture sévit et a eu et aura encore des conséquences désastreuses, destructrices. L'intellectuel catholique a une urgence : Revenir à la scolastique médiévale, revenir aux Pères de l’Église, en intégrant les avancées des sciences avec prudence.

 

JOSEPH : - Les souffrances physiques, morales et psychiques relèvent surtout de ce refus obsessionnel de la vérité. Les violences croissantes dans les sociétés en sont l'illustration la plus douloureuse.

L'homme est ordonné à la vérité.

  

  

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[1] 1ère épître de st. Pierre

[2] Ces versets ch. 2, Gn. précisent la domination de l'homme dans l'ordre de la nature et de la surnature, puisqu'il aura à juger les anges. Dieu appela les animaux à se présenter à Adam qui leur imposa un nom que Dieu confirme, étant à l'image de Dieu dans un état de perfection tel que nous le pouvons imaginer, il exerça à cette occasion son verbe, sa parole. Ce passage des Saintes Écritures confirme sa royauté sur la création et qu'il est le seul règne.

[3] Un projet qui est la cause initiale de la création visible et invisible. En effet, avant que le temps soit, Dieu le Père avait décidé d'envoyer son Fils unique glorifier et élever toute la création. L'Incarnation n'était pas liée aux conséquences du péché originel qui, lui, est de l'ordre de l'accident. Cf. le bienheureux Duns Scot.

[4] Le champ mémoriel inter-relationnel du mal est la conséquence immédiate du péché originel ou collapsus de la création. Il est la pierre du mal introduit dans notre monde à partir de laquelle d'autres champs de cette nature vont se constituer selon l'intention de l'homme de péché. La Passion de Jésus-Christ ne les a pas supprimés, mais Il nous donne les moyens de nous en défendre par une surabondance d'amour et de vérité.

[5] St Jean-Paul II, Pape, Veritatis Splendor – encyclique.

[6] Extrait du discours du Pape Benoît XVI qu'il devait prononcer à l'université La Sapienza de Rome, fondée par le Pape Boniface VIII.

[7] Jean 8, 32

[8] Cf. les vies de Descartes, occultiste, de Marx et d'Engels totalement lucifériens : Karl Marx et Satan de Richard Wurmband ed. Apostolat des Éditions

[9] Doctrine distinguée au XVIIème siècle, elle existait chez Parménide et Platon. Elle s'emploie à répondre aux questions telles que : Qu'est-ce qu'exister ? Que signifie le fait d'exister ? Que signifie d'être de telle ou telle autre manière ? Quelque chose existe-t-il en dehors de celui qui parle ? Que connaît-on ? (Def. Dic. Théo) Il s'agit d'un courant platonicien et qui s'enracine, pour l'époque moderne dans le nominalisme et le relativisme.

[10] Théorie qui affirme que la connaissance de Dieu, directe et immédiate est naturelle à l'homme. Elle rejette l'autorité de la Révélation. Ce courant philosophique est issu du néo-platonisme et du nominalisme.

[11] Pape Benoît XVI, discours à l'université de Ratisbonne

[12] Ce qui concerne la faculté de comprendre et de concevoir.

[13] Extrait du discours de Ratisbonne.

[14] Pape Benoît XVI, discours non reçu à l'université de La Sapienza.

[15] Pape st Jean-Paul II, Veritatis Splendor

[16] Gn. 1, 26

[17] Jean. 14, 10

[18] St. Jean-Paul II, Veritatis Splendor 1993

[19] Idem

[20] St Jean-Paul II, pape, Veritatis Splendor n° 2, encyclique.

[21] Père Éric Iborra, Intro. Disc.de La Sapienza – Pape Benoît XVI.

 

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[i] "Jean Duns Scot, fait bienheureux, par le Pape saint Jean-Paul II : "Chantre du Verbe incarné et défenseur de l'Immaculée Conception". « L’Angleterre l'accueillit ; la France l'instruisit ; Cologne, en Allemagne, en conserve la dépouille ; c'est en Écosse qu'il naquit ». 

[..]Enfin, Duns Scot a développé un point à l’égard duquel la modernité est très sensible. Il s’agit du thème de la liberté et de son rapport avec la volonté et avec l’intellect. Notre auteur souligne la liberté comme qualité fondamentale de la volonté, en commençant par un raisonnement qui valorise le plus la volonté. Malheureusement, chez des auteurs qui ont suivi le nôtre, cette ligne de pensée se développa dans un volontarisme en opposition avec ce qu’on appelle l’intellectualisme augustinien et thomiste. Pour saint Thomas d’Aquin, qui suit saint Augustin, la liberté ne peut pas être considérée comme une qualité innée de la volonté, mais comme le fruit de la collaboration de la volonté et de l’intellect. Une idée de la liberté innée et absolue — comme justement elle évolue après Duns Scot — située dans la volonté qui précède l’intellect, que ce soit en Dieu ou dans l’homme, risque en effet de conduire à l’idée d’un Dieu qui ne serait même pas lié à la vérité et au bien. Le désir de sauver la transcendance absolue et la différence de Dieu par une accentuation aussi radicale et impénétrable de sa volonté ne tient pas compte du fait que le Dieu qui s’est révélé en Christ est le Dieu « logos », qui a agi et qui agit rempli d’amour envers nous. Assurément, comme l’affirme Duns Scot dans le sillage de la théologie franciscaine, l’amour dépasse la connaissance et est toujours en mesure de percevoir davantage que la pensée, mais c’est toujours l’amour du Dieu « logos » (cf. Benoît XVI, Discours à Ratisbonne, Insegnamenti di Benedetto XVI, II [2006], p. 261 ; cf. ORLF n. 38 du 19 septembre 2006). Dans l’homme aussi, l’idée de liberté absolue, située dans sa volonté, en oubliant le lien avec la vérité, ignore que la liberté elle-même doit être libérée des limites qui lui viennent du péché. De toute façon, la vision scotiste ne tombe pas dans ces extrêmes : pour Duns Scot un acte libre découle du concours d'un intellect et d'une volonté et s'il parle d'un « primat » de la volonté, il l'argumente exactement parce que la volonté suit toujours l'intellect." Enseignement du Pape Benoît XVI – audience générale du 7/07/2010 à Rome. https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2010/documents/hf_ben-xvi_aud_20100707.html

Ce paragraphe est très important, car il fait comprendre les limites de l'homme même de bonne volonté, et le mauvais vouloir de certains qui ont tendance à interpréter un auteur selon leurs appétences personnelles sans se soucier de l'enseignement du magistère de l’Église Catholique. Le bienheureux Jean Duns Scot ne fut pas un acteur de la crise du nominalisme, et fut un soutien inconditionnel de la fidélité au successeur légitime de Pierre.

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