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LE CHAT 1er entretien de P. C. Aubrit Saint Pol




LE CHAT : 1er entretien




Chat :

- Bonsoir Monsieur !

Passant :

- Bonsoir Monsieur Chat !

En vigie sur son poteau. Queue dressée en un C, tel le dard du scorpion.

Chat :

- Ce n'est que ma queue, non un scorpion.

Passant :

- Vous lisez dans mes pensées !

Chat :

- La pensée émet des ondes, chargées de nos intentions, ressenties par toute la création qui réagit de plus en plus vite en ces temps des désordres.

Passant :

- Que savez-vous du temps ? le voyez-vous passer ?

Chat :

- Le voir passer ! Auriez-vous un humour platonicien qui se convainc que le fait d'avoir une idée de… suffit à faire exister l'objet de cette idée ? ne me faudrait-il pas faire l'exercice de ma propre existence pour cela ? je n'ai qu'une âme sensitive. Quand vous nommez le temps, n'est-ce pas plutôt à la durée que vous pensez ?

Passant :

- Vous êtes bien plus qu'un chat. Vous philosophez !

Chat :

- Fin observateur ! Si mon parapluie est mouillé, c'est qu'il pleut, non ! L'observation est la première marche de la sagesse si l'autorité de la vérité qu'il manifeste est admise par l'observateur.

La durée est un concept nécessaire à l'homme à cause de son propre mouvement. Le temps ne se peut mesurer par une créature, pas plus qu'il ne fuit. Il est constant, immobile. Il est déterminé. C'est la raison pour laquelle, il y a des luminaires permettant d'établir des durées plus étendues : journée, semaine, mois, année, siècle, millénaire et année lumière. Le soleil nous donne l'heure.

Passant :

- Pourquoi le temps ne se mesure-t-il pas ? il a un début et une fin, un alpha et un oméga.

Chat :

- Vous êtes ponctuel. Est-ce un don ?

Passant :

- Vous sautez du coq à l'âne !

Chat :

- Je n'oserai sauter sur le coq, je le blesserai. Il est très utile pour accom­pagner le soleil, et l'âne est mon ami. N'est-il pas toujours près du Puits ?

Passant :

- Pour répondre à votre question : la ponctualité est une discipline apprise par la nécessité. Je suis toujours à l'heure et toujours en retard pour quelqu'un. J'en ai décidé de ne plus courir après le temps. Il ne me rattrape plus. Je suis en lui. Pourquoi courir après lui ? alors qu'il est notre cheval de course.

Tout ce qui existe de cette création est dans le temps avec sa durée prédéterminée, que les sots s'efforcent de prolonger. Courir après le temps ! c'est l'extension pathologique de l'accaparement, de l'accumulation, de l'engrangement, du capitalisme : un concept d'enrichissement punitif. Celui qui se presse n'est que rarement à l'heure qui finira par le rattraper.

Chat :

- Un mur est un mur. Votre époque refuse d'admettre l'autorité de la vérité. Le consommateur du temps, c'est l'enfant s'obstinant à récupérer de l'eau avec une épuisette.

Il se peut de vivre une vie pleine en cinq minutes, et vivre cent années de vide. Avez-vous appris l'immobilité ?

Passant :

- Non, je l'ai subie, une grande pédagogue. Elle m'a enseigné les vertus de l'ennui. Savez-vous vous ennuyer ?

Chat :

- Vous posez cette question à un chat ! Pourquoi ne pas demander à un poisson s'il s'est nager ?

Je suis le maître de l'ennui. Savoir s'ennuyer, c'est prendre le repos dans les fruits du facere. Ceux qui ne savent pas s'ennuyer, ne recueillent pas les vrais fruits de leur travail.

Tu arrives à propos.

Chien :

- Bonsoir, Monsieur !

Passant :

- Bonsoir, Monsieur Chien !

Suis-je au royaume d'Alice ?

Chien :

- Lewis Carroll n'écrivait pas pour les enfants. Il rappelait à l'adulte qu'il avait à retrouver son cœur d'enfant et devenir un homme.

La chenille avec son calumet dans le film de Walt Disney incarne l'homme qui mérite d'entrer dans son jardin.

Passant :

- Sévère, mais juste jugement. Un langage qui ne se reçoit plus. Il trouble la sieste.

Chat :

- Oui, vous avez raison. Inutile de chercher à convaincre, ce serait vouloir transformer un âne en cheval ! Pardon pour eux.

Vous comprendrez par vous-même ce que vous vivez en notre compagnie.

Chien :

- La compagnie est complète. Bonsoir, Chouette !

Chouette :

- Bonsoir, Monsieur !

Passant :

- Bonsoir, Monsieur Chouette !

Mais quelle est donc cette compagnie ? où, suis-je ?

Chouette :

- Là où nous nous devons être ! Ne nous avez-vous pas appelés ?

Passant :

- Dans mon cœur, je n'ai cessé de désirer une compagnie avec laquelle j'aurai l'humble plaisir de disputer en sagesse. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle se composât d'animaux.

Chat :

- Avez-vous trouvé des hommes d'aussi bonne compagnie que nous ?

Chouette :

- Nous convenons que nous n'avons pas les mêmes usages. Il n'y a pas de petits fours.

Chien :

- Esprit moqueur ! tu t'étonneras encore que l'on te cherche des poux dans tes plumes !

Chouette :

- Laisse mes plumes tranquilles, hum !

Passant :

- Revenons à notre sujet, entre deux plumes !

Non, les mondains sont trop pressés. Ils ne sont que ventres ou portefeuilles à remplir, une sieste à prendre, un joint à fumer, leur maîtresse à contenter et leur ego à s'affirmer. Pour eux, le temps se consomme. L'indispensable et embarrassante chose utile et si exaspérante. Ils s'enferment dans toutes sortes de préjugés, dans des codes, se préservant du peuple crotté.

Chien :

- Ils ne se doutent pas à quel point ils broutent le chiendent.

Nous, nous n'avons qu'un seul appétit : la vérité et l'amour !

Nous vous observons depuis votre conception, Dès les reins de votre grand aïeul, nous vous avons connu.

Passant :

- Serais-je dans un monde de l'envers ? ou aurais-je traversé le miroir par inadvertance ? celui qu'ouvrent les conteurs.

Chouette :

- Pourquoi refoulez-vous ce que l'intelligence de votre cœur vous inspire de reconnaître ? nul n'est digne de ce qui vous arrive.

Le don ne s'accapare pas, il se reçoit.

Passant :

- Mais qui êtes-vous donc ? Voici qu'il pleut, et que le vent se lève ! je ne suis ni mouillé et je ne ressens pas le vent ! Qui êtes-vous ?

Chat :

- Un chien, une chouette, un chat et vous, vous vous appelez Gédéon.

Gédéon : Vous connaissez mon nom ? quelle question !


Abasourdi, immobile, il les fixe. Ils ont disparu. La rose de l'autre soir brille d'un éclat plus intense… Il rentre dans son sanctuaire… Sa voyette est royale.

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