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LES ENTRETIENS DE DOMANOVA ch. 2 LE TEMPS - LA MATIERE - L'HOMME de P. C. Aubrit St Pol





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INTRODUCTION

 

 

Dans ce dialogue, je traite de la création du temps, de la matière. J'aborde la problématique des certitudes scientifiques concernant l'Univers, le Cosmos.  

J'expose la problématique que l'homme rencontre devant la nécessité d'organiser sa société et sa civilisation sur sa relation à la matière et au temps. Le péché originel le contraint à faire face aux conséquences de sa rupture de communion avec Dieu et la création. Il découvre le principe de la solidarité et son opposé, mais lui ouvre la recherche du Bien Commun.

L'homme, la matière et le temps forment une trinité naturelle efficiente. Une cause instrumentale mutualisée, dont il est le célébrant, puisqu'il en est la cause finale naturelle de la création ce qui inclut le temps. Il découvre les lois de nature, la Loi naturelle et le Droit naturel.

Le Bien Commun s'impose à lui en une recherche permanente qui découle de la solidarité ce qui induit l'intelligence collective. La démocratie est fondée selon l'institution des Juges de l'Ancien Testament. Une relation tripartie se forme, elle devient l'assise de la Doctrine Sociale Catholique, ce qui a pour objet de favoriser le salut de chacun et de tous.

 

 

 

 

TEMPS – MATIÈRE : DEUX CRÉÉS 1er Partie


 

Nos amis se retrouvent au restaurant Martine fait sa cuisine, rue de l'Horloge, face à la cathédrale Saint Jean le Baptiste que prolonge la chapelle du Dévot Christ et le Campo Santo. Le cœur de la vieille ville est dessiné par de hauts murs, des portes cochères, des ruelles privées serpentent dans les champs d'ombres fantomatiques. Elles renforcent ses mystères que dérangent les lampadaires en intrus phalliques. Une atmosphère d'attente silencieuse retient le cri séculaire prêt à déchirer les silences ancestraux qui chargent le cœur des hommes. Un platane solennel, serti de béton et de pavés converse avec l'olivier désolé, égaré dans sa caisse de bois au carré. Un hôtel abandonné, îlot menaçant, sentinelle de l'enfer, orchestre un ballet spectral imaginaire.

Du restaurant s'échappent ses saveurs gourmandes. La Belle et le Clochard se donnent leur rendez-vous pour le Baiser Spaghettis. 

 

 

JOSEPH : - Mes amis Observons ! Ce restaurant est à la jonction de la temporalité et de l'éternité. À cent mètres vous avez une agence funéraire. Le présent tutoie le passé, mais pour quel futur ? Telle est la question !

 

ALBERT : - Le thème de ce débat est mon choix, mais pour ce lieu, c'est la Providence. Dans l'un de vos cours, Joseph, vous avez effleuré la question du temps et de la matière. Reprenons-la, là où vous avez suspendu votre envol.

 

JOSEPH : - Débattre du temps et de la matière nous enverra à l'acte humain, ce que nous ne traiterons pas dans l'immédiat. Il y a un lien de nécessité entre le temps, et la matière qui nous pousse à rechercher le Bien Commun.

 

AUGUSTIN : - Nous traitions précédemment de la vérité et de la sagesse. Il est conséquent de poursuivre sur ces trois sujets qui s'ordonnent à la manifestation du vivant.

Jérôme aide-nous à saisir le sens profond des mots : temps, matière, durée, espace. Ils sont au cœur de notre dispute.

Goûtons à cette sangria, elle serait excellente m'a-t-on dit.

 

JÉRÔME : - Le mot temps a une racine ind. eur *tem qui signifie couper ce qui donne temple. Le temple est le lieu consacré au "présent de Dieu". Un présent immobile. Il vient à nous, parce-que nous nous présentons à son parvis. Le catholique rejoint et réalise le Présent de Dieu quand il se met en présence du tabernacle. Il contemple l'Incarnation du Verbe qui envoie son Esprit introduire le profès[1] au mystère de la Trinité.

Le Temple de Jérusalem était construit sur la géographie du premier génome.

Sa racine latine donne : tempes, temperis désignant le change­ment des saison, printemps, automne et la météorologie : pluie, soleil etc.

Le concept du temps outrepasse en amont et en aval la mesure que l'homme peut en avoir. Le temps est immobile. Il ne passe pas. Il ne s'écoule pas. Il ne se mesure pas. Il n'est la propriété de personne. Il est une angoisse pour ceux qui n'ont pas Dieu dans leur respiration. Nul ne tient le temps que l'Agneau de l'Apocalypse.

Le plus juste serait de désigner par le mot période ce qui va du lever du soleil à son coucher, période fractionnée ou séquence mesurée en seconde, minute, heure, journée, année, siècle, année lumière, soit la durée.

 

Le mot "durée" a une racine ind. eur. *dū- qui se retrouve dans l'adverbe dūdum donnant la racine latine dūrare qui, dans le bas latin a formé durable, durée et durant. Le qualificatif dur est lié au concept de durée dans le temps. La dureté d'un matériau certifie sa longévité : l'acier est plus dur que le fer. Réfléchir sur le temps est différent de la durée.

 

Le mot matière a une racine ind. eur. *matr- " mère " donnant en grec mêtêr et mêtra qui en latin donne mater, matris. En bas latin, mater a donné materia, matière. La matière qui se confond à la terre dans le langage populaire est la mère par qui la vie s'entretient. Elle nous est donnée sans qu'elle ne puisse jamais être en acte. La matière est passive, les mouvements qui la meuvent ont pour cause la contrainte, les lois mécaniques. Elle n'a pas son propre vouloir.   Dans toutes les cultures, la matière est liée à la terre que nous exploitons en plein accord avec notre mission qui est de la dominer. La terre est mémoire originelle passive. Elle est associée à la rédaction de l'histoire.

Le corps d'Adam n'a-t-il pas été créé et modelé à partir de la glaise ? Tout le vivant n'en est-il pas dépendant ?

 

Le mot espace vient du bas latin au XIème siècle spatium. Il indique la séparation entre les mots chez les copistes puis en imprimerie. Son usage se généralise à partir du XIVème siècle puis au XIXème où il entre dans le langage scientifique spatial, aérospatial et en philosophie, surtout dans les dialectiques matérialistes. L'espace trouve son emploi idéologique avec le capitalisme qu'il soit libéral ou d'état. Il se love dans le schéma des luttes de classes ainsi que dans l’obsession de l'appropriation et de la consom­mation. Il est l'une des pierres d'angle majeures de toutes les théories qui donnent le prima à l'économie et dans toutes les idéologies. Il est essentiel dans l'économie pirate.

Il n'est pas un créé. Il n'a pas de substance.

 

ALBERT : - Cette sangria est vraiment bonne. Je vous offre une seconde tournée. Elle accompagne bien la crème d’anchois, la tapenade d'olives noires et cette chiffonnade de jambon de Serrano avec ces fines tranches de l'excellent Manchego.

 

JÉRÔME : - Ne pourrais-tu pas être sérieux ? Et laisser ton estomac tranquille !

 

ALBERT : - Être sérieux ! Quelle horreur !

À me prendre au sérieux, je pourrai me prendre pour l'évêque de Rome aux dépends du cardinal Bergoglio. Il se pourrait que nous gagnions au change !

 

AUGUSTIN : - Nous partons pour une digestion très lente. Le sujet, en considérant l'étymologie de Jérôme, demande de l'attention. Les banquets hellénis­tiques se prolongeraient-ils jusqu'à nous ? Relevons le défi !

Le temps est-il la cause seconde de la matière ou est-ce la matière qui en est la cause seconde ?

 

THOMAS : - Ta question plombe notre digestion, Augustin !

Le temps ne se voit pas. Il ne se touche pas. Il est là, indispen­sable. Il est un créé. Il est le premier de nos pédagogues. Ne nous presse-t-il pas de rechercher un sens à notre existence ? Ne sommes-nous pas confrontés à l'éphémère ?

Sa présence est due au fait que sa substance n'est autre que la matière et qu'elle-même n'en a d'autre que le temps. Ils ne sont tous les deux que des substances mutuelles secondaires en quelque sorte, car étant des créés du ex nihilo, ils ne peuvent avoir de substance générique, première que la pensée de leur Créateur, Dieu qui est leur Cause Première.

La matière se voit, se mesure. Elle a une hauteur, une largeur, une profondeur, une surface, une épaisseur, un volume. Ses distances se mesurent par deux mesure la métrique et la chronométrie. C'est la raison qui nous permet de dire que le temps et la matière sont conjointement créés ex nihilo. Ils ont un même et unique instant T.

Peut-on dire que la matière soit la cause première du temps ou l'inverse ? Non pas ! Le temps et la matière, différents dans leur nature, ont été créés dans une mutuelle nécessité qui ne fait qu'aucun des deux ne saurait exister sans l'autre. Créés dans un même Instant T.

 

AUGUSTIN : - Le temps et la matière se lient de nécessité. Ce que confirme l'Agneau, dans le livre de l’Apocalypse : "...Je suis l'Alpha et l'Oméga... ". Il peut le dire, parce-qu'Il a fait l'expérience des deux par son incarnation et par sa résurrection. Lors de son Ascension, retournant auprès du Père. Il transporte, au sein de la Très Sainte Trinité, une particule de la matière glorifiée par sa propre résurrection, il relie de ce fait le temps à la divinité lui aussi glorifié. Et tous les deux sont accomplis en puissance. La création tout entière sera glorifiée et remise au Père éternel en une ultime Action de Grâce par le Fils de l'Homme qui sera revenu sur la terre des hommes sur la Nuée.

Il est un fait certain, Dieu est la seule Cause Première de tout ce qui existe, toutes les autres causes sont secondes.

Le sable est la cause seconde de la roche. Il est également l'une des causes instrumentales du verre dont l'homme est la cause première naturelle, mais il est lui-même la cause seconde et instrumentale de Dieu Créateur.

Le temps peut-il être dit cause seconde de la matière ou l'inverse ? Non, car le temps est certes uni à la matière, mais il est immobile. Il ne varie pas quand la matière se transforme ou est transformée ; s'il était la cause seconde de la matière, il devrait se modifier, mais il n'en est rien.

Nous ne voyons pas de cause première autre que Dieu qui puisse sortir ex nihilo la matière et le temps. Ils sont appelés à un changement d'état et non de nature dans le même et unique instant T.

 

JÉRÔME : - Le temps est la conséquence de l'Acte Créateur de Dieu qui, en vue de la création, est sorti de son Présent immobile. C'est la raison qui permet de dire que sa substance est la matière en tant qu'elle est le nécessité du temps et que celui-ci est la substance de la matière en tant qu'il en est sa nécessité ; ce qui n'infirme pas que la Pensée de Dieu Créateur dans son Présent immobile soit l'unique substance de ces deux créés. N'est-Il pas le Je Suis de son Est duquel sort à l'existence ce qui ne saurait exister sans Lui ?

La matière est un volume ce qui induit des dimensions que nous parcourons en micron ou en année lumière, distances qui sont aussi des durées qui, elles, se mesurent en chronométrie. La mesure du temps et celle de la matière sont des segments, puisqu'ils ne se mesurent qu'à partir de deux ou plusieurs points. Le temps comme la matière est immobile.

 

AUGUSTIN : - Jésus-Christ ressuscité est retourné auprès de son Père dans la Très Sainte Trinité, Il peut affirmer être "l'Alpha et l'Oméga, c'est-à-dire tenir le début et la fin de la création visible.

Les Écritures Saintes sont réalistes même dans les replis les plus abscons ; si le Fils de Dieu, le Verbe, l'Agneau de l'Apocalypse dit qu'Il est le début et la fin, c'est qu'Il a la maîtrise de ce qu'Il a créé, puisqu'Il porte le début de la création et sa fin accomplie, glorifiée.

Un non-créé n'a ni début ni fin. Il n'est pas quelque chose, mais la conséquence transitoire d'un ou plusieurs créés. Un non-créé[2] n'a pas de nature ni d'état. En soit, il n'existe pas. Il est de l'ordre de l'accident.

Le temps et la matière sont solidaires, leur mystère est qu'ils ne peuvent exister l'un sans l'autre. Si le temps n'était pas fixe, il ne serait pas possible de mesurer la durée, les luminaires ne seraient pas des repaires, car ils fuiraient comme fuient les arbres dessinant une allée sur laquelle circule une voiture à grande vitesse. Aussi, lorsque nous disons mesurer le temps, nous ne mesurons qu'un segment délimité par des points fixés sur lui.

 

ALBERT : - La création est en dehors du Présent immobile de Dieu. Elle ne peut y être introduite en l'état. La Très Sainte Trinité n'a pas l'expérience du temps ni de la matière. Dieu Trine est un pur esprit. Il faudra l'Incarnation du Verbe dans l'humanité de Jésus le nazaréen pour qu'Il en fasse l'expérience. Observons que l'Agneau, qui est Jésus-Christ, ne dit qu'Il est « l'Alpha et l'Oméga » qu'une fois retourné auprès de son Père. Il ne peut le dire durant son séjour sur terre, car son corps n'a pas été glorifié. C'est là, un des points du mystère de la Présence réelle dans le sacrement de l'Eucharistie.

En effet, lors de la Sainte Cène au cours de laquelle Il institue le sacrement de l'Eucharistie, sa Parole est immédiatement efficiente : le pain et le vin sont sa Chair et son Sang. Il se donne présent en ce sacrement alors qu'Il n'est pas ressuscité ni monté auprès de son Père des Cieux.  Le Présent immobile est descendu dans notre temps à cet Instant T. là. Le temps n'a pas été modifié, et pourtant, ce Présent de la divinité est l'éternité d'amour qui déjà se donne dans notre temps… Ce sacrement sublime est le sanctuaire de la Très Sainte Trinité qui par le Verbe s'est incarnée dans l'Homme nommé Jésus le nazaréen, Fils charnel de la Vierge Marie qui est la Mère de l'Eucharistie.

Le temps, de par sa nature, ne peut monter dans le Présent immobile de Dieu que par le Fils ressuscité, mais Dieu descend dans notre temps et y séjourne en permanence à cause de l'Incarnation du Verbe qui est aussi celle de la Très Sainte Trinité. Dès lors, il se comprend que le temps, notre temps, soit immobile, car comment l'éternité pourrait-Elle descendre jusqu'à nous ? La racine ind.eur. *tem prend tout son sens et envoie à une sacralité sans mesure.

 

JOSEPH : - Est-il possible à l'homme de mesurer le temps ?

 

THOMAS : - Le père de mon beau-père lui disait souvent : " Ne te penche pas de devant. " C'était un rugbyman. Que suis-je venu faire dans cette galère ! Prenons le temps de poser cette fricassée de poissons au lait de coco accompagnée de ce Collioure blanc. Un coin de paradis sur nos papilles.

 

ALBERT : - Je ne te savais pas gourmet, Thomas ! Tu es un faux monnayeur du goût ! Mais je te pardonne. Un âne ne peut devenir un cheval !

L'homme a la double mission : dominer la terre et s'y répandre. Il ne peut l'accomplir sans comprendre la création. La question se pose : comment soumettre et embellir la création s'il n'est pas possible de la comprendre dans son intégralité ? Ce qui inclut de pouvoir mesurer le temps. Pourquoi, la mesure du temps échapperait-elle à notre intelligence ? Le temps se mesure. Votre question, Joseph, est incongrue. Tout le monde mesure le temps !

 

JÉRÔME : - Albert, tu n'aurais pas dû comparer Thomas à un âne. Tu viens de braire. Tu peux réparer en mangeant du foin !

Tu n'as pas bien saisi la question. Il s'agit de savoir, s'il est possible de mesurer le temps de son début à sa fin. Une journée fait 24 heures. Ces heures mesurent la durée de la journée écoulée entre deux levers du soleil. Cette mesure n'est qu'un segment posé sur le temps, une durée. Elle ne me permet pas d'affirmer que je mesure le temps. Celui qui prétend mesurer le temps doit connaître l'instant T. de sa création qui est le même que celui de la matière. Connaissance inconnue. Elle n'appartient qu'à Dieu ainsi que la date de leur fin. Qui des hommes peut y prétendre ? Jésus, dans son humanité, ne le pouvait pas.

 

THOMAS : - Albert, je te boude le temps de finir mon verre de blanc.

Le Mur de Planck, confirmé par l'abbé Lemaître, serait la limite connaissable du temps donc de la matière. L'apparition de ce mur engendre nombre de théories, son existence est régulièrement remise en cause. Nietzsche écrivait : " Je ne pourrais croire qu'à un dieu qui saurait danser. Il faut avoir du chaos en soi pour accoucher d'une étoile qui danse. " Il effleurait-là, la mécanique quantique. Ce qui suppose que, si pour nous, le désordre est synonyme de chaos, il se pourrait que vu de Dieu, la Cause Première, et qu'il obéisse à une harmonie qui nous échappe.

Le livre de la Genèse, qu'il faut comprendre au sens littéral, décrit un moment du créé non-ordonné, le Tohu-bohu. Ce Tohu-bohu a précédé le Mur de Planck, il était composé de matière inconnue non-ordonnée, peut-être que le sens que nous lui donnant n'est pas exacte. Il pourrait signifier que cette masse non-ordonnée soit, du point de vue du Créateur, une harmonie inconnue disposée à l'obéissance. Elle n'a pas encore reçu l'information qui l'ordonne à accueillir la vie. Il est une certitude, ce Tohu-Bohu est de la matière indéterminée, mais c'est de la matière. Il est donc à considérer que la Lumière divine soit venue l'informer afin qu'elle se dispose à recevoir la vie et à l'entretenir[3].

Sachant que la matière n'existe pas sans le temps et que lui-même ne peut exister sans la matière, le Tohu-bohu, qui est de la matière, a été créé dans le même instant T. que le temps. Il s'en conclut que le temps est antérieur au Mur de Planck. Qui peut connaître ce qui s'est passé en amont de ce mur, de cette limite ?

Il serait, me semble-t-il, très sage de retenir ceci : "Les lois de la nature, loin de former un code immuable de la causalité, ont une histoire que nous pouvons retrouver au moins dans ses grandes lignes et cette histoire comporte son lot d'imprévisible, de chaos, ses degrés de libertés.[4] "

Dieu répond par un sourire à cette observation, car elle sonne vraie, ne serait-ce que par son humilité. Elle souligne au demeurant l'importance de la mécanique quantique.

Sa seconde partie "… et cette histoire comporte son lot d'impré­visible, de chaos, ses degrés de liberté." fait référence au collapsus ou effondrement universel observé par les physiciens quantiques. Il s'agit des conséquences du péché originel[5]. L'état premier de la création originelle était sur une échelle de cent degrés et, qu'en conséquence du péché originel, il sera tombé à moins quatre-vingt-dix-neuf degrés.

Les observations quantiques nous donnent une idée de ce que l'homme avant la faute originelle était capable de sa seule pensée, puisqu'aujourd'hui, il peut, par son regard, changer la direction d'un proton en l'observant – expérience établie par la physique quantique – alors qu'aujourd'hui, il est un homme blessé par le péché originel et donc très diminué. Son regard, avant la faute, devait avoir une puissance sur la création supérieure au feu nucléaire qui, lui, n'est qu'un redoutable désordre d'orgueil. Le sourire glacial de feu de Lucifer.

Il est peut-être possible, par de savants calculs, dont on ignore le talon de référence, d'établir la datation de ce Mur de Planck. J'en doute. Le bon sens commande que pour un tel calcul, il faudrait comme repère la date de fin de la création en l'état et nul ne la connaît ; il faudrait également prendre beaucoup de facteurs, encore inconnus, que nous ne pouvons saisir par notre intelligence qui est blessée. Affirmer que l'on connaît la date du début de la création est un risque fatale imposé aux ânes, ils en meurent d'un fou-rire. Une hécatombe !

 

JOSEPH : - Le temps ne dépend pas de ce mur[6]. Et nous ne pouvons connaître ni la date de la fin des temps ni celle du monde. Il est impossible de mesurer le temps. Mais la seule possibilité que nous ayons d'en faire l'expérience est au moyen de la durée et de l'immobilité voire de l'ennui. La durée, segment sur le temps, est un peu comme les bornes sur le sol que pose l'arpenteur.

L'homme n'est pas Dieu et c'est heureux. Le temps ni ne fuit ni ne court ni ne se rattrape ni ne se consomme. Il laisse courir et l'on s'essouffle !

 

ALBERT : - Ne vous semble-t-il pas, que la plus favorable des expériences que l'homme puisse faire du temps est l'immobilité, l'ennui ? L'immobilité et l'ennui sont des portes qui ouvrent sur les deux voies intérieures. Elles vous renvoient à notre nudité, notre impuissance qui ne se peut être féconde qu'avec la grâce de Dieu  ou inféconde par l'abandon de notre liberté tombées dans nos égoïsmes. Le temps se tutoie et laisse entrevoir la lumière du Présent immobile. Ne rien faire, c'est faire beaucoup. La contemplation est l'action la plus élevée. Le volontarisme est un handicap, car il s'agit du moi et non du je ; le je s'ouvre à la grâce alors, le sujet fraie avec le JE SUIS de Celui qui EST, s'oubliant comme la balle de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus.

 

THOMAS : - Notre conscience d'exister, de l'éphémère, nous font prendre la mesure sans mesure de la sacralité de la vie et pressentir une éternité.

 

AUGUSTIN : - Revenons à ce que nous avons dit au sujet de la création de la matière et du temps, de leur interdépendance. Tous les deux nous portent, et leur vraie mesure sont la vérité et l'amour de charité, pour autant lorsque nous mesurons la matière en métrique, nous la mesurons en chronométrie, deux kilomètres à parcourir sont une valeur chronométrique où intervient la vitesse, c'est donc bien la durée, la séquence qui se trouve mesurée et non le temps.

 

JOSEPH : - Tu viens de soulever un problème intéressant sur la conscience de l'existence Thomas. Mon prochain meurt, j'en suis témoin. Comment puis-je savoir qu'il est mort ? Par son immobilité totale. Moi je vis, je bouge. Cette asymétrie entre moi qui suis vivant et lui qui ne bouge plus, c'est la vie qui m'en donne la leçon, elle se sert du point fixe signifié par l'immobilité du corps.

Je fais, en présence de cet inerte, l'expérience absolue de mon existence, de la sacralité de la vie.

J'ai également la preuve que le temps ni ne passe ni ne court ni ne se perd, car il a toujours son droit simultanément sur moi un vivant et sur ce corps immobile. La finalité du créé n'est-elle pas au-delà de ce qu'en perçoivent nos sens ?

Notre individualisme nous donne l'illusion de consommer le temps, lui que nul ne consomme pas plus qu'il nous consomme. Le sentiment de son oppression vient de notre rupture avec Dieu. Sommes-nous encore des humains ?

 

 

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[1] Il a sens ici de baptisé.

[2] Le non-créé est une conséquence d'un créé ou de plusieurs créés, il ne se confond avec le concept de l'Incréé qui est Dieu et qui a sens d'être sa propre cause, de ne pas dépendre d'une cause qui lui serait extérieure.

[3] La physique quantique a observé que la lumière transporte un flux continu d'information envers tout le créé.

[4] Les Magiciens du Nouveau siècle ed. Pygmalion : ISBN/ 978-2-7564-1837-7

[5] Nous reviendrons sur ce sujet.

[6] On rapporte que J. P. II recevant au Vatican S. Hawking, lui dit alors : "Si je comprends bien, Monsieur l'astrophysicien, ce qui est après le Big Bang est pour vous ; et ce qui est avant le Big Bang est pour nous".

 

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