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L'HOMME PROJET DE VÉRITÉ ET D'AMOUR -CERTITUDES & INCERTITUDES "la nature de l'âme" P. C. Aubrit St Pol


DE LA NATURE DE L’ÂME



"Je dédie ce chapitre à la mémoire du très regretté Pape Benoît XVI."




Dans ce chapitre, en considérant les enjeux et les batailles perdues au sujet du vivant, et la résistance de l’homme juste face aux projets du législateur qui, depuis la Révolution, a pour but l’inversion du paradigme divin, je propose une approche nouvelle quant à la nature de l’âme. Il s’est imposé la nécessité de comprendre les raisons des échecs de ceux qui se sont battus et se battent encore aujourd’hui pour le respect du paradigme divin. Il semble que du seul point de vue philosophique, que nous n’avons pas su faire face aux réduction­nismes contem­porains, que nous sommes crispés sur la philosophie classique, surtout thomiste, et nous avons manqué de courage quant à ne pas oser remettre en cause le dicta consistant à maintenir la rupture entre la Révélation et la philosophie, y compris à l’intérieur de l’Église. Si la méthode thomiste reste d’actualité, bien des points abordés dans l’œuvre magistrale de saint Thomas d’Aquin sont insuffisants et parfois erronés. Ils ne répondent pas aux nécessités de relever les défis de notre époque. Je propose une anthro­pologie pleinement chrétienne.


L’homme est une personne dès le premier génome, créé à l’image et à la ressemblance trinitaire de Dieu.

Dans le langage courant, l’âme est comprise comme une unité substantielle qui donne la forme et le mouvement. Elle rend la personne capable de se souvenir, de comprendre et de vouloir ; elle est donc capable de vérité, de raison, de liberté, elle est responsable, ce qui lui permet d’accéder à la vision béatifique ou de s’y refuser.




AVANT PROPOS



La question sur la nature de l’âme1 reste un sujet majeur. Il inquiète ceux qui s’opposent au paradigme divin, car, pour atteindre se projet, ils sont dans la nécessité de modifier profon­dément l’anthropologie. Les plus opposés à une possible élaboration d’une anthro­pologie chrétienne sont les milieux scientifi­ques, financiers, politiques et religieux.


Les milieux de recherches génétiques, biogénétiques et ceux de l’atome en seront les premiers touchés. En cette période de décadence accélérée, ces milieux scientifiques posent une difficulté supplémentaire pour tout résistant, ils utilisent un narratif scientiste, ce qui leur permet de dissimuler leurs véritables intentions et leur degré de responsabilité dans les bouleversements actuels. Ils détiennent une place prépondérante dans l’élaboration de ce projet. Ils exercent une pression exorbitante sur le politique et l’économique avec une incidence majeure quant à l’effondrement des mœurs et sur le religieux.


Ceux qui résistent à cette volonté transgressive devraient se procurer les moyens intellectuels autant que surnaturels pour s’affranchir des pesanteurs inutiles et perverses, ce qui réduit leur liberté d’opposer la vérité de manière explicite et compréhensible pour le plus grand nombre.


La vérité est constitutive de l’homme. Il ne s’agit pas seulement de dire non, mais d’expliquer pourquoi, il faut dire non !


Les recommandations du pape Pie XII au sujet du sens littéral qu’il faut appliquer à la lecture de la Bible sont à suivre avant d’entreprendre un autre mode de lecture qui précise un sens plus intérieur de la Parole divine.

« Il dit ensuite : Faisons un homme à notre image et à notre ressemblance […] Et Dieu créa l’homme à son image : c’est à l’image de Dieu qu’il le créa : il les créa mâle et femelle. » (GN. 1,26-27 – Trad. J.B. Claire).

Ces versets découvrent une profondeur de notre être, dévoilant l’immensité de notre liberté ; une liberté intérieure, celle de notre cons­cience qui s’élargit et se structure dès que nous comprenons son importance. Elle devient plus sensible dans l’intimité de notre âme, car elle nous découvre la responsabilité de nos actes, et entrouvre le dessin du Créateur : un projet de vérité et d’amour. Il permet que nous réalisions, au-delà d’une compréhension formelle, l’image et la ressem­blance que nous sommes du Dieu Trinitaire. Un projet difficile à expliquer, à comprendre à cause de la rupture entre foi et philosophie.


Les conditions de vie pour le catholique et le chrétien en général sont singulièrement difficiles, plus que dans les siècles précédents, car la loi naturelle était intelligible et respectée. Les sociétés occidentales sont si renversées qu’elles nous incitent à l’oubli de ce que nous sommes en vérité. Elles ne se survivent que par une coercition qui ne tient que par la volonté d’effacer le concept de personne pour un individualisme mou non identifiable. Un état de désocialisation rampant, soulignant l’importance de se réapproprier la nature morale et surnaturelle de l’acte de Dieu, à savoir le don. Le don de soi en Dieu et au prochain. Les difficultés pour le fidèle proviennent autant de l’extérieur qu’à l’intérieur de l’Église. Il ne doit pas accepter que l’on brade la Révélation au nom d’un réductionnisme champêtre qui fleurirait nos bénitiers vides ni au nom d’un œcuménisme devenu une allégorie de la braderie de Lille, le tout, sous le soleil noir des sommations occultes.


Dans la succession des réformes du Second Concile du Vatican, convoqué par le pape saint Jean XXIII, l’introduction de la langue vernaculaire

dans la liturgie se révèle être une libération ; cette réforme entraîna une désaffection pour le latin et le grec. Une décision aussi libératrice que la confiscation des États pontificaux qui rendirent au pape toute sa liberté d’action comme pasteur et docteur ordinaire de l’Église. L’introduction de la langue vernaculaire a amoindri l’intérêt pour les cultures antiques, ce qui aurait dû permettre, du moins dans l’Église, un élan libérateur pour l’activité intellectuelle dans les matières comme la philosophie. La dictature des « humanités » était enterrée. Cependant, cet élan de liberté tarde à venir, et ce malgré les interventions du pape Benoît XVI.


La distance qui est mise entre ces cultures et la pensée chrétienne nous redonne de la liberté. Nous pouvons poser les fondements d’une philosophie catholique, contraire­ment aux oppositions du Père Marie-Dominique Philippe et quelques autres. Nous sommes sortis de ces cultures et philosophies, délivrons-nous maintenant des emprises des cultures révolutionnaires et leurs philosophies objectivement antichré­tiennes.


La pensée chrétienne a besoin de se ressourcer au nectar de la fruition de l’Incarnation et de la Résurrection. Elle a besoin de reprendre le souffle de sa liberté d’enfant de Dieu.


Ce que disent les philosophes de l’âme


Platon2

Platon enseignait l’immortalité de l’âme. Il proposait qu’elle préexistait au corps, affirmant qu’elle se réincarnait.

Il ne s’attachait guère à l’autorité de la vérité du réel, il est donc compréhensible que, ce qu’il croyait, il le prenait pour vrai. Il ne s’attachait ni à l’autorité de la vérité du réel, ni à leur réalité empirique : « L’âme est immortelle et a déjà vu toutes choses, ici-bas et dans l’Hadès, de sorte qu’il n’est rien qu’elle n’ait appris3. », (Phédon, 81c (sur l’anamnésis et la préexistence). Il écrit également : « Le corps est le tombeau de l’âme4. » (Gorgias, 493a (et Cratyle, 400c).

Il s’attachait à l’idée éternelle, accessible par la seule raison dialectique5. Lui et les néoplatoniciens de Plotin prétendent atteindre l’idée des origines des choses sans considérer le réel, ce qui aura favorisé bien des erreurs philoso­phiques comme le nominalisme et le volontarisme, ainsi que le schisme de la Réforme protes­tante et du jansénisme, et toutes les idéologies surgies depuis Descartes auxquelles il s'ajoutent les courants fondamentalistes qu'ils soient conservateurs ou progressistes.


Aristote

Aristote, au contraire, ancre sa conception de l’âme dans l’observation du réel. Il la définit comme : « L’acte premier6 d’un corps physique ayant la vie en puissance » (De l’âme, II,1, 412a) Il écrit : « Elle est ce par quoi nous vivons, nous sentons et avant tout nous pensons. [...] en premier lieu7. » (De l’âme 414a, 27-28 et II,2, 414a 12-13). « L’âme est en quelque sorte tous les êtres, car les êtres sont ou sensibles ou intelligibles, et la connaissance est en quelque sorte les choses connues, et la sensation des choses senties8. » (De l’âme, III, 8, 431b 21)


Marc-Aurèle

Marc Aurèle, empereur de Rome et stoïcien, serait à l’origine du concept de la personne, du moins pour les philosophes classiques. Il écrit : « L’âme indivi­duelle n’est qu’une partie de l’âme du monde dans lequel elle se fond après la mort si elle a été héroïque. » «Bientôt tu auras tout oublié, bientôt tous t’auront oublié. » (Pensées, VII, 21) « Tout ce qui arrive arrive justement. Tu le reconnaîtras si tu observes avec soin. […] Car il y a une seule et même harmonie universelle. » (Pensées, IV, 45, extrait) « L’âme conserve sa pureté quand elle ne se mêle ni au plaisir ni à la douleur, quand elle ne joue pas la comédie, quand elle reste une, quand elle ne fait rien malgré elle, quand elle ne désire pas fuir9. » (Pensées, III, 16 sur la vertu comme salut de l’âme).


Plotin

Plotin considère que l’âme est une, éternelle, indivisible en elle-même, mais selon lui, elle se « dédouble » ou se « divise » en se tournant vers le monde inférieur – il y a dans sa démarche une sérieuse contradiction. Il distingue deux niveaux de l’âme : l’âme pure, tournée vers l’intellect, qui contemple les idées et est impas­sible. L’âme inférieure – âme du monde – et les âmes individuelles, qui se tour­nent vers le bas pour animer et organiser le cosmos sensible. Elle donne vie aux corps (plantes, animaux, hommes), et gouverne le monde comme une sorte de providence10.


Louis Bouyer

Louis Bouyer – Prêtre et théologien catholique – écrit de l’âme : « Le problème ne se pose pas du tout de la même manière quand il s’agit de la Bible. En ce sens que les préoccupations des écrivains sacrés, [...] se trouvaient centrées au tour d’un fait affirmé dès l’abord par la parole divine : l’homme vivant est un être créé par Dieu. Deux textes fondamentaux comman­dent la perspective biblique : « Alors le Seigneur Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie, et l’homme devint un être vivant. » (Gen. 2,7.) « Dieu dit : Fai­sons l’homme à notre image, comme nôtre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et les bestioles qui rampent sur la terre. Dieu créa l’homme à son image, à l’image de dieu il le créa, homme et femme il le créa. » (Gen. 1, 26-27.) Dans ces deux textes, trois idées ressortent immédiatement. La première est que l’homme a reçu de Dieu, directement, quelque chose qui est exprimé ici d’une manière très concrète et qui fait de lui un être tout à fait différent des animaux, modelés du sol comme lui, mais ne recevant pas cette haleine de vie (Gn. 2, 19). La seconde qui en découle, mais qui se trouve dans deux perspectives différentes dans les deux récits, et que l’homme domine sur le reste de la création comme d’un être d’un autre ordre. Enfin, et c’est la plus importante, que l’homme est à l’image de Dieu, expression qui excitera longtemps et longuement la sagacité des théologiens futurs. Il s’agit donc ici d’une anthropo­logie complète, bien que tout à fait rudimentaire, et non de réflexions sur les deux composantes spirituelles et matérielles de l’unité de l’homme­. »

Il y a donc bien pour le catholique un fondement qui permet de poser une philosophie totalement indépendante des philosophies pré-chrétiennes et extérieures à la chrétienté.


Catéchisme de l’Église catholique

Le Catéchisme de l’Église catholique, au N°363-366 ensei­gne que l’âme humaine est créée directement par Dieu : « L’âme est le principe spirituel de l’homme. Elle est immortelle et créée immédiatement par Dieu. Elle est ce par quoi l’homme est image de Dieu11. » La définition théologique de l’Église n’est pas à remettre en cause, elle est infaillible. Le Magis­tère en résume les pro­priétés premières : l’âme est douée d’intelligence et de volonté ; elle rend possible la vie d’union à Dieu ; unie au corps, elle forme avec lui une unité de substance qui constitue la personne humaine. Cependant, il

oublie la memoria Dei : le souvenir de la présence du Père éternel qui est la cause instrumentale du souvenir de Dieu.


Saint Thomas d’Aquin 

Thomas écrit : « L’âme est dans le corps comme la forme substantielle, non comme un moteur dans une nef, mais comme ce par quoi l’homme est homme. (S. T. Ia, q.76, a. 1)

Sa pensée sur l’âme se résume ainsi : L’âme humaine est une substance spirituelle, immortelle, créée directement par Dieu, forme substantielle unique du corps, douée d’intelligence et de volonté libre, capable de connaître et d’aimer Dieu dès ici-bas ; elle est destinée à la vision béatifique éternelle. Intelligence et volonté, quid de la memoria Dei ? Les puissances ne sont pas de l’âme, ils sont en l’âme. Elles ne font pas partie de la nature de l’âme à proprement parler.


Qu’est-ce que l’âme ?


Selon le récit de la création d’Adam : « Le Seigneur Dieu forma donc l’homme du limon de la terre, et il souffla sur son visage un souffle de vie, et l’homme fut fait âme vivante. » (Gn. 2, 7 Trad. de Glaire).

Dans la traduction du rabbin Samuel Cahen on lit : « L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre et lui souffla dans les narines le souffle de vie, ainsi l’homme devint un être animé. » (Gn. 2, 7)


La théorie de la préexistence de l’âme avant le corps est démentie par les Saintes Écritures. Il y a d’abord le corps formé, modelé, puis le souffle de vie, qui fait de l’homme un être animé. L’âme n’est pas mentionnée, il est précisé « être animé ». Cette traduction est plus conforme à la tradition hébraïque.


Il y a unanimité dans la chrétienté pour dire que l’âme ou le souffle de vie indique la même chose : est-ce bien certain ? Il n’est pas infondé de penser que la traduction de la Vulgate en français par Glaire a été quelque peu influencée par l’aristotélico-thomisme qui considère que le souffle vital et l’âme sont la même chose.

« Dieu dit : Faisons l’homme selon notre image et notre ressemblance ; […] Dieu créa l’homme selon son image : c’est à l’image de Dieu qu’il le créa ; il les créa mâle et femelle... » (Gn. 1, 26-27 Trad. Samuel Cahen)

« Il dit ensuite : Faisons un homme à notre image et à notre ressemblance […] Et Dieu créa l’homme à son image : c’est à l’image de Dieu qu’il le créa : il les créa mâle et femelle. » (GN. 1,26-27 – Trad. J.B. Claire).


Dans ces deux traductions, nous observons l’emploi distinct des verbes « faire » et « créer » dans le verset 27, l’usage de ces deux verbes se retrouve dans plusieurs versets du récit de la création12.


Si le rédacteur précise que Dieu « fait », c’est qu’Il fabrique quelque chose à partir d’une matière préexistante à l’objet ; un ouvrier qui fait une boîte métallique utilise la matière métallique qui préexiste avant l’objet manufacturé. L’emploi du verbe « créer » se rapporte à l’ex nihilo « créer de rien ». Ne pas considérer l’usage des deux verbes comme important pourrait venir d’une conception légaliste de Dieu Créateur – après tout, si Dieu a créé ex nihilo la matière, comme Il est la Cause première de tout ce qui existe, que ce qu’il a fait ou créé n’ait que peu d’importance – ; tout ce qui est dans les saintes Écritures est important. Le lecteur doit considérer le moindre iota.


Le corps humain est une fabrication à partir du limon, modelé selon la forme exemplaire sise dans la pensée de Dieu le Père en vue du corps physique de son Fils, Dieu le Verbe. Cependant, cette forme a besoin d’être maintenue, ce sera la première fonction de l’âme, la seconde sera d’accueillir le souffle vital et les trois puissances. Pour que l’âme soit la cause instrumentale de la forme du corps, il faudrait qu’elle soit créée avant la forme du corps, mais nous savons que cela n’est pas13. L’âme ne précède pas le corps. Il s’en déduit :

- Que l’âme est le support éternel de la forme du corps.

- Que le souffle vital – l’esprit – met le corps en mouvement, témoignant de la vie.

- La nature de l’âme n’est pas de donner la vie, mais de l’accueillir pour que le corps s’anime – se mette en acte – le souffle vital.

- Elle est aussi d’accueillir les trois puissances sans lesquelles le sujet ne serait pas à la ressemblance de Dieu Trine.


Les anges sont de purs esprits, ils n’ont pas de forme, pas de corps, ils n’ont donc pas d’âme, pourtant ils se déplacent, sont intellectifs, puisqu’ils ont eu à choisir entre Dieu et eux-mêmes, entre le Bien Souverain et son absence.

Le rôle de l’âme est bien de maintenir la forme et d’accueillir le souffle vital ainsi que la substance de Dieu trinitaire, les puissances14 de Dieu trouvent à se loger. Elle est le tabernacle immortel de la Présence de Dieu en chaque homme.


àLa nature de l’âme peut-elle être différente selon qu’il s’agit d’un végétal ou d’un animal ?


La nature de l’âme humaine est substance immortelle. Elle maintient l’image, soit la forme du corps. Elle est le lieu d’accueil pour le souffle vital et les trois puissances. Elle est le tabernacle de la Présence divine en chaque homme. Cependant, selon les néoplatoniciens et les aristotélico-thomistes, la nature de l’âme est identique pour le règne de l’homme et les deux ordres du vivant, puisqu’elle a pour rôle, selon eux, d’être la cause de la forme et le souffle vital. C’est une proposition très contestable. Elle soulève une interrogation, étant donné qu’il a été démontré que l’âme n’est pas la cause instrumentale de la forme, ne préexistant pas au corps : qu’est-ce qui transmet la forme de génération en génération, que ce soit pour l’homme ou pour les deux ordres inférieurs ? La réponse se trouve sans doute dans la chaîne ADN. Nous savons que la matière a une mémoire de forme, pourquoi la matière biologique n’aurait pas sa mémoire quant à il peut se dire qu'il estla forme pour chaque espèce ? C’est la seule explication plausible pour comprendre comment la forme d’un sujet se transmet de génération en génération, puisque l’âme n’est pas la cause de la forme.


À la mort d’un vivant, le corps s’effondre, immobile. Logiquement, si la forme a pour cause l’âme, celle-ci disparaîtrait dès que l’âme se serait retirée du corps qui, lui, devrait ne plus être qu’une masse informe. Il n’en est rien, la forme demeure longtemps, parfois pendant des siècles. C’est donc bien la preuve que la forme est communiquée par une mémoire propre à la biologie du sujet. Une mémoire indépendante de l’âme. L’âme apparaît comme le coffre d’un ordinateur contenant divers programmes informatiques surnaturels – il s’agit là d’une allégorie.


Il s’en déduit que la forme du corps – pour le végétal, l’animal et l’homme – n’a pas pour cause instrumentale l’âme. Sa cause instrumentale est une mémoire propre à leur ordre ainsi qu’à leur espèce et au règne de l’homme insérée ou inscrite dans leur chaîne ADN. La proposition qui soutient que les deux ordres végétal et animal, auraient une âme procéderait non d’une démonstration fondée sur leur nature propre, mais d’une déduction hâtive, considérant que l’homme a lui une âme qui « donne la forme ». Or, la précision « d’âme vivante » n’est attribuée qu’à l’homme et après le don du souffle vital15. Soulignons que dans la traduction de Glaire, il est dit : « … il fut fait âme vivante » après que Dieu eut soufflé dans ses narines le souffle vital. Dans ce cas, « ...fait âme vivante » tendrait à confirmer qu’il y a en un seul temps quatre actes différents : le modelage du corps, la création de l’âme, l’apport du souffle vital et celui des trois puissances. L’homme est tout à la fois fait et créé ; fait à cause du corps et créé à cause de l’âme. Ainsi donc, il peut se dire dans le langage courant que l’homme est fait comme il peut se dire qu'il est créé, mais cela ne peut pas se dire du point de vue philosophique, sauf si, parlant de la personne, il se dit alors qu’elle est « une » substantiellement : corps, âme et esprit, c’est une personne. Il est juste de dire que le corps de l’homme est « fait à l’image et ressemblance de Dieu. » Or, Dieu est une Personne, l’homme à sa ressemblance est également une personne.


Considérant que l’âme est le support de la forme chez l’homme, il faut admet­tre qu’elle l'sest tout autant pour les ordres végétal et animal. La question qui se pose est celle-ci, sachant que seul l’homme est immortel : en quoi l’âme de l’homme diffère-t-elle de celle des deux ordres ? Est-ce qu’il convient de dire que l’âme humaine est immortelle et pas pour l’âme des deux ordres, puisque sa fonction est la même ? Si l’âme humaine est immortelle, Dieu peut-il concevoir différentes âmes, une immortelle et d’autres non, sachant qu’elles ont la même fonction ?


Il semble que l’âme humaine et l’âme des deux ordres soient en leur nature identiques, puisqu’elles le sont en leur fonction, donc l’âme humaine en elle-même n’est pas immortelle, puisque celle de l’animal16 et du végétal ne le sont pas. Il y a donc un élément spécifique à l’âme humaine qui la rend immortelle par nécessité et non par sa nature, à savoir : l’homme est fait à la ressemblance de Dieu Trine, donc il est appelé à être immortel.


Les esprits angéliques sont immortels, ils n’ont pas d’âme, puisqu’ils n’ont ni corps, ni forme, cependant, ils ont intelligence, la volonté, la mémoire, et sont capables de choix. L’âme n’est donc pas une substance immortelle par elle-même et ce n’est pas sa nature d’être immortelle.



« QU’EST-CE QUE L’ÂME DE L’HOMME? »


Qu’est-ce que l’âme ?17 Une question aussi incongrue que de poser : qu’est-ce que l’homme ? Aujourd’hui, la majorité des catholiques s’en fout ! L’âme est un concept philosophique et religieux si fondamental qu’il struc­ture les civilisations et les sociétés même dans l’inconscient collectif.


En métaphysique aristotélico-thomiste, la nature de l’âme est la cause instru­mentale immatérielle du mouvement, de la forme et de la vie en tout vivant. Une position qui explique pourquoi l’âme est confondue avec le souffle vital. Elle est le siège de la conscience d’exister, de la conscience morale et celui de la pensée. Elle est le lieu où le sujet prend acte de sa liberté de conscience.



Que nous disent les philosophes au sujet des puissances ?


Le corps, l’âme, le souffle de vie et les trois puissances forment une personne. L’âme est le lieu d’accueil où Dieu veut faire sa demeure ; à cette fin, Il lui transmet ses puissances qui sont de sa substance divine. Chacune d’entre elles est l’acte de qualité dominant d’une des trois Personnes de la Très Sainte Trinité. Ces puissances sont en l’âme et non pas de l’âme, car elles ne font pas partie de sa nature ; les puissances ne sont pas créées, elles sont incréées puisqu’elles sont de la nature même de Dieu Trine. Elles sont :

1er puissance : la memoria Dei ;

2e puissance : l’intellect agent ;

3e puissance : le spirituel agent ou volonté d’amour.


L’âme est le lieu d’accueil du don absolu que Dieu fait de Lui-même. En donnant les trois puissances, c’est Dieu Lui-même qui se donne. Il peut dire vouloir faire sa demeure en chacun d’entre nous. L’âme tabernacle. Il vient en elle avec son Présent éternel18. L’éternité est déjà en chaque homme et femme, à nous de l’y maintenir ou de la transformer en perpétuation du péché jamais repenti. Elle est également un don, avant d’être vue comme une mécanique à analyser selon les lois aristotélico-thomistes. Elle est le Saint des saints19.


L’homme et la femme, indépendamment de sa culture, de sa religion, ont en leur âme les trois puissances. Elles lui sont données à la création de l’âme. Si l’âme permet de maintenir l’homme en tant qu’image de Dieu selon l’image exemplaire sise dans la pensée du Père éternel en vue de l’Incarnation de son Fils, elle ne le fait pourtant pas à sa ressemblance, ce sont les puissances qui le font à sa ressemblance.


a) La 1er puissance la memoria Dei.

Elle se donne dans l’instant T de la Présence de Dieu le Père qui crée l’âme au premier génome. Elle est la mémoire substantielle de sa Présence et de sa Lumière. Les deux autres puissances : intellect agent et spirituel agent la suivent dans un ordre processionnaire trinitaire. La memoria Dei fait entendre l’appel à la conversion de Dieu et celui de la vocation.


Dieu le Père pense la création surnaturelle et naturelle. Sa pensée est en acte par le Verbe, Parole divine qui est acte également, elle est suivie par le Saint Esprit qui sanctifie le fruit de la Parole en acte et l’embellit. Le rôle de la memoria Dei n’est pas que d’être mémoire, mais par cette fonction, elle se différencie des autres puissances. Elle est le lien d’unité du genre humain, et de la communion entre les hommes au-delà de leurs divergences. Elle est le fondement de leur fraternité et de leur solidarité dans le bien commun et individuel comme dans son absence ; la Justice divine s’accomplit tant sur l’ensemble des hommes que sur les individus. La communion de tous les hommes avec la création s’établit par elle pour aller en Dieu, puisqu’elle a son origine en Lui ; ce qui explique que leur solidarité dans le bien et dans son absence rejaillisse sur tout le créé, et provoque la colère de justice de la nature20.


Position aristotélico-thomiste sur la memoria Dei :

Saint Thomas écrit :

1- « Memorianon est potentia distincta ab intel­lectu, sed est ipsa vis intellectiva prout ordinatur ad praete­rita. » Trad. : « La mémoire n’est pas une puissance distincte de l’intellect, mais l’intellect lui-même en tant qu’il s’ordonne aux choses passées. »

Cette proposition de Thomas revient à nier l’existence de la memoria Dei, puisque selon lui, elle n’est pas une puissance propre, mais une fonction de l’intellect agent21.

Thomas écrit également :

2. «Memoria proprie non est in parte intel­lectiva, nisi secundum quandam similitudi­nem. » Trad. « La mé­moire n’appartient proprement à la partie intel­lective que par analogie. »  (S.T. 1,q,79, a,-6-7) 

3. « In Deo invenitur memoria sui et intelligentia sui et amor sui. » Trad. « En Dieu, il y a mémoire de soi, intelligence de soi, et amour de soi. » (SCG I, ch. 45.)


Cette dernière affirmation révèle, dans la pensée de Thomas, une certaine incohérence sur le sujet. En effet, si en Dieu il y a mémoire, c’est qu’Il est tout à la fois pensée et mémoire, sinon, comment expliquer qu’il faille se confesser pour que la faute soit effacée de la mémoire divine ? Le Magistère enseigne que si Dieu cessait de penser la création, celle-ci disparaîtrait instantanément. Il y a bien en Dieu une mémoire, et si nous suivons l’ordre processionnaire de la Très Sainte Trinité, la pensée et la mémoire sont la puissance propre au Père éternel introduite dans l’âme.


Dans le Présent divin, il n’y a ni passé ni futur, il semble que nous devons considérer que la Présence et la pensée du Père éternel à l’instant où fusionnent les deux ADN des parents et forment alors le premier génome constituent substan­tiellement la memoria Dei en l’âme humaine, parce que l’homme est la dernière création dans le temps et la matière, et que de ce fait, Dieu Créateur l’institue cause finale naturelle de la création tout entière.

Les trois puissances sont commu­niquées à l’âme humaine dans le même instant T de la création de l’âme et du don du souffle vital, l’Esprit.


Saint Augustin d’Hippone


Saint Augustin ne reconnaît pas la memoria Dei comme puissance à part entière, mais pourtant il l’introduit dans son inventaire des puissances et selon le schéma trinitaire :

1. « Sicut Pater, Verbum, et Amor, sic in mente memoria, intelligentia et voluntas. » Trad. « De même que le Père, le Verbe et l’Amour, ainsi dans l’esprit humain, la mémoire, l’intelligence et la volonté. » (De Trinitate, XIV, 8.) 

2. « Mémoire = Père (principe, source, fondement) ; intelligence / Verbum = Fils (connaissance, parole intérieure) ; volonté / Amor = Esprit Saint. Le Père correspond à la mémoire, Le Fils à l’intelligence ou la Parole, L’Esprit Saint à l’amour ou la volonté, » (De Trinitate, XIV) 

3. « Memoria, intelligentia, voluntas, tres sunt et una essentia, una vita, una mens. » Trad. « Mémoire, intel­ligence et volonté sont trois et pourtant une seule essence22, une seule vie, un seul esprit. » (De Trinitate, XV, 21.)


Dans son exposé sur les puissances, saint Augustin donne matière à consi­dérer la memoria Dei comme puissance à part entière, indé­pen­dante des deux autres, mais unies entre elles, parce qu’une même substance. Il est très proche de ce qu’enseignera Jésus à sainte Catherine de Sienne.


Saint Grégoire de Nysse

Saint Grégoire de Nysse dit de la memoria Dei :

« Quo magis quis memor est Dei, eo magis fit particeps Dei. » Trad. « Plus l’homme se souvient de Dieu, plus il devient participant de Dieu. » (De vita Moysis, II, 240.) 

Pour que l’homme puisse se souvenir de Dieu, en avoir la mémoire, il faut qu’Il se soit trouvé Présent en l’âme dès l’instant de sa création. Il ne peut se souvenir de Dieu après la seconde division génomique, car alors, les effets des conséquences de la faute originelle s’établissent, or ces effets nous coupent de toute grâce et relation directe avec Dieu jusqu’au sacrement du baptême. La memoria Dei est la substance de la Présence de Dieu le Père dès l’instant où il anime le corps au premier génome avec la création de l’âme.


Saint Cassien

Saint Cassien dit de la memoria Dei :

1. « Memoria Dei continua est perfectio cordis. » Trad. « La mémoire continuelle de Dieu est la per­fec­tion du cœur. » (Conlationes, IX, 3).

Cette définition renvoie au schéma trinitaire d’Augustin. Le qualificatif de continuelle tend à faire de la memoria Dei une puissance indépendante des deux autres.


Saint Bonaventure

Reprenant les travaux de saint Augustin et la tradition augustinienne, saint Bonaventure considère les puissances en l’âme comme la mémoire, l’intelligence et la volonté constituant l’image trinitaire en l’homme, et par qui, il peut contempler Dieu et s’élever à Lui. Le développement principal de sa pensée sur ce sujet et dans son œuvre Itinerarium mentis in Deum ( l’Itiniraire de l’esprit de Dieu, 1259). Au chapitre 3, Bonaventure invite à contempler Dieu au-dedans de soi, par les opérations en l’âme :

- La mémoire conserve et représente les réalités éternelles ; elle conduit à l’éternité de Dieu (le Père, principe générateur).

- L’intelligence saisit la vérité ; elle conduit à la vérité de Dieu (le Verbe engendré, le Fils).

- La volonté aime et choisit le bien ; elle conduit à la bonté suprême de Dieu (l’Amour procédant, le Saint-Esprit).


Pour saint Bonaventure, ces trois puissances sont consubstantielles, égales et inséparables en l’âme, comme les Personnes divines. Elles forment une réalité substantielle parfaite de la Trinité : « Si donc Dieu est un esprit parfait, il possède la mémoire, l’intelligence et la volonté ; il a un Verbe engendré et un amour qui émane de lui et du Verbe. »  Par leur ordre (origine, habitude), elles reflètent les processions trinitaires : de la mémoire naît l’intelligence (comme le Père engendre le Fils), et des deux procède la volonté/amour (comme l’Esprit procède du Père et du Fils).

Dans d’autres œuvres comme : De triplici via (La Triple Voie), ces puissances s’engagent dans la méditation et la purification/illumination/union. Dans Des Sept Dons du Saint-Esprit, l’Esprit-Saint purifie, illumine et perfectionne ces puissances (éveille la mémoire, instruit l’intelligence, excite la volonté).


Si la position aristotélico-thomiste ne correspond pas à ce que confie Jésus à sainte Catherine de Sienne1 au sujet des puissances, comme si Jésus avait voulu corriger les erreurs de saint Thomas d’Aquin, la position de saint Bonaventure y correspond totale­ment ; ce qui tend à prouver que saint Thomas s’est trop accolé à Aristote par une défiance un peu excessive de Platon, et qu’il n’était pas infondé que certains évêques de son temps s’en soient inquiétés, allant jusqu’à l’excommunication, ce qui était excessif.



Sainte Catherine de Sienne

Sainte Catherine de Sienne – docteur de l’Église – nous communique les enseignements reçus de Jésus au sujet des puissances en l’âme et de la memoria Dei en particulier :

1. « J’ai créé l’âme à mon image et à ma ressemblance, lui donnant la mémoire, l’intelligence et la volonté. L’intelligence est la partie la plus noble de l’âme ; elle est mue par l’affection et la nourrit. Et la main de l’amour — c’est-à-dire l’affection — remplit la mémoire du souvenir de Moi et des bienfaits reçus, qu’elle garde avec soin et recon­naissance. » (Dialogue, IV, 3, 31) Jésus parle au Nom béni de la Très Sainte Trinité.


L’intelligence est indispensable pour connaître et comprendre Dieu autant que nécessaire. Elle fait le lien entre la mémoire et la volonté d’amour, puisque l’âme se souvient de la Présence de son Créateur au moment de l’animation et tend à lui ressembler.


2. « Tu vois donc que nul ne peut recevoir la lumière sans recevoir aussi la chaleur et la couleur, car ces trois choses sont unies ensemble et ne font qu’un. C’est pourquoi, comme je te l’ai dit, nul ne peut disposer une seule puissance de son âme pour me recevoir, Moi, le vrai Soleil, à moins que les trois puissances de son âme ne soient rassemblées et ordonnées en mon Nom. Car dès que l’œil de l’intelligence s’élève, avec la prunelle de la foi, au-dessus de la vision sensible… l’affection le suit… et la mémoire se remplit [de Moi]23. » (Dialogue, IV, 3, 32)


L’intelligence n’est pas supérieure aux deux autres puissances même si son rôle est déterminant. Il y a un effet conjoint entre les trois puissances, parce qu’elles ont une identique substance et sont donc unies dans l’intention du sujet qui met sa liberté en acte, celle-ci procède de leur conjonction. Il y a une interdépendance substan­tielle, elles sont toujours unies dans l’acte humain. La ressemblance à Dieu Trine se trouve ainsi expliquée. Elles ne sont pas de l’âme, mais en elle.

Dieu est Trinité ; l’homme est trinitaire et pas seulement par analogie. L’âme est bien le lieu d’accueil de la Présence divine, et l’animation se fait au premier génome. C’est Dieu qui met les puissances en acte à l’instant où le sujet contemple le Père éternel dans la Lumière divine dans laquelle il s’abîme. Elles ne développent leurs possibles qu’au fur et à mesure que les organes du corps se mettent en place.


Elle écrit également :

3. « Les puissances de l’âme, qui sont spirituelles, sont le fruit de cet amour. La mémoire, qui procède de la puissance du Père éternel, est — par l’affection de l’amour — tenue de garder et de conserver le souvenir des bienfaits qu’elle a reçus de Lui, et d’en demeurer reconnaissante. » (Lettre spirituelle)

Elle établit une analogie trinitaire :

4. « La mémoire vient du Père (principe, source) ; l’intelligence correspond au Fils (lumière, connais­sance) ; l’amour / affection vient de l’Esprit Saint (chaleur, lien d’union). »


Il n’y a aucun doute pour Catherine, la memoria Dei est une puissance à part entière. Les puissances ou agents ne sont pas des substances séparées de Dieu, elles sont réellement un dans la substance divine. Elles sont distinctes par leur fonction, mais demeurent unies par une même substance qui est Dieu, et leurs actions par leurs possibles agissent de concert, car l’action de se souvenir induit l’intelli­gence du souvenir ainsi qu’une action déterminée et orientée de la volonté d’amour.



En quoi saint Thomas d’Aquin s’est-il trompé au sujet de la memoria Dei ?


Thomas s’appuie sur les différents modes de mémoire pour justifier sa position en ce qui concerne la memoria Dei, mais il existe plusieurs modes d’intelligence et de volonté. Sa position n’est donc pas fondée. Le multiple procède de l’« un ». S’il y a plusieurs modes de mémoire, c’est qu’il y a un principe unique à partir duquel se développe le multiple. C’est le multiple qui procède de l’« un » et non l’« un » qui procède du multiple24.


Thomas écrit : « Deus est unus, quia est maxime unus, inquantum scilicet est summe simplex. »  Trad. « Dieu est un, parce qu’il est éminemment un, en ce sens qu’il est souverainement simple. » (S.T. I, q. 11, a. 3)


Dieu est Un, parce qu’Il est Dieu le « JE SUIS CELUI QUI SUIS ». Il est la Cause première de toute la création visible et invisible.


En mathématique, l’un est le principe du tout créé, et comme Il est Dieu, ce principe est substance. Toutefois, selon Thomas, qui reprend Aristote, ce « un » serait l’attribut du Créateur. Aussi, il semble logique de dire que cet attribut, si tant qu’il soit fondé, est également substance puisqu’il signifie le Dieu Un, principe d’unité du créé, mais Dieu ne peut être un attribut. Et dire que l’« Un » est un attribut de Dieu est un non-sens, puisque Dieu est Dieu et qu’Il est l’« UN » : « JE SUIS CELUI QUI SUIT ».

Si l’Un, qui est Dieu, n’est pas substance, le Verbe ne se serait pas incarné en l’humanité de Jésus-Christ et n’aurait pas ressuscité, et n’aurait pu emporter avec Lui son corps physique et une particule de matière glorifiée ; or Il a assumé toute la condition humaine de son Incarnation à sa mort ; de sa mort à sa Résurrection ; de sa Résurrection à son Ascension ; et de son Ascension à son retour en tant que Fils de l’Homme descendant du Ciel sur la Nuée. L’Incarnation et la Résurrection confirment l’unité du corps, de l’âme et de l’esprit ; l’unité de tout le genre humain et celle du genre humain dans le Père éternel. L’Assomption de la Vierge Marie en est également la signification.

L’homme ressuscité ne retourne pas à l’Un, car s’il est ressuscité dans la gloire, c’est que sur Terre il a vécu dans l’unité ou que cette unité s’est accomplie au purgatoire – à savoir, il a vécu en communion avec Dieu et avec les hommes ses prochains – ; le ressuscité qui entre dans la vision béatifique trouve une pleine communion au Corps du Christ pour la Très Sainte Trinité : c’est le don accompli dans le DON. Nul ne retourne à l’Un, mais entre dans une communion parfaite et glorieuse au Dieu Trine qui est UN. Si ce n’est pas le cas, Dieu dans le Buisson ardent ne se serait pas présenté comme : le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.


Si l’erreur de Thomas est compréhensible au sujet de la memoria Dei, il est difficile de comprendre qu’elle se soit prolongée jusqu’à nos jours, et qu’elle ait pu susciter une sorte d’interdit dans les milieux intellectuels de l’Église de France25. D’autant que Jésus confiera à sainte Catherine de Sienne : « J’ai créé l’âme à mon image et à ma ressemblance, lui donnant la mémoire, l’intelligence et la volonté. L’intel­ligence est la partie la plus noble de l’âme ; elle est mue par l’affection et la nourrit. »


Peut-on imaginer que le pape saint Paul VI ait fait de sainte Catherine de Sienne docteur de l’Église pour simplement embellir cette même Église ? Depuis le saint pontificat de Pie XI, la hiérarchie à Rome savait que les enjeux les plus difficiles seraient, dans les décennies à venir, le vivant et donc la question de l’animation, ce qui amènerait de revoir la position de Thomas sur les puissances. Pourquoi considère-t-on les travaux de saint Thomas d’Aquin comme intou­chables ? Par conformisme intellectuel ! À moins qu’il ne s’agisse de s’en servir pour la satisfaction de courants internes voulant ménager les princes de ce monde, et ceux des mondes parallèles !


Dieu le Père pense la création – memoria Dei –, il n’est pas dépendant ni inférieur de Dieu le Fils, le Verbe – intellect agent –, ni de Dieu le Saint-Esprit – spirituel agent –. L’homme étant à la ressemblance de Dieu, ayant de Dieu en lui, réfléchit la Très Sainte Trinité, et il n’en est pas une simple analogie.


La pensée créatrice de Dieu le Père est une, il n’y a pas plusieurs principes de pensée en Dieu, de même qu’il n’y a pas plusieurs dieux, il n’y a donc qu’une seule mémoire : une seule mémoire en l’homme, la memoria Dei, mais plusieurs modes de perception de mémoire.

La pensée de Dieu le Père créatrice se constitue dans le Présent immobile, éternel du Dieu Unique, elle devient mémoire dès que sa pensée est actée par le Verbe qui la dévoile – elle est mémoire à l’instant T de la création des esprits angéliques –, elle est mémoire dès que Dieu le Père, présent au premier génome, l’anime par la création d’une âme, le souffle vital et en introduisant les puissances.


C’est la Parole du Verbe qui projette la pensée du Père éternel et la met en acte, Parole créatrice. Elle fait entrer la pensée du Père dans le temps et la matière. C’est elle, la pensée, qui les soutient, mais elle devient mémoire de Dieu – memoria Dei –, principe unique et autonome de tous les modes de mémoire. Elle est la première puissance en l’âme humaine.


La pensée créatrice de Dieu est première dans l’ordre de la procession et de l’acte à l’exemple de la Très Sainte Trinité :

« Vous n’avez pas voulu de sacrifice et d’offrande ; mais vous m’avez parfaitement disposé les oreilles. Vous n’avez pas demandé d’holocauste et de sacrifice pour le péché. Alors, j’ai dit : Me voici, je viens. En tête d’un livre, il a été écrit de moi. Que j’accomplisse votre volonté (mon Dieu je l’ai voulu),et votre loi qui est au milieu de mon cœur. » (Ps. 39, 7-9)

« Alors, j’ai dit : Me voici ; je viens (c’est écrit de moi, en tête du livre) pour faire Ô Dieu, votre volonté. » Hb. 10,7)


La pensée de Dieu le Père devient mémoire – memoria Dei – en chacun d’entre nous.

Le psalmiste et l’apôtre saint Paul de Tarse ne distinguent pas la pensée de Dieu le Père de sa volonté. Elles ne font qu’un. Les Saintes Écritures l’enseignent, la volonté du Père éternel – sa pensée – est première dans l’acte et conforme à la hiérarchie divine. Il en est de même pour les deux autres puis­sances de l’âme. L’homme est à l’image et ressemblance de Dieu Trine.


La memoria Dei est substance divine en l’âme, introduite à l’instant T où Dieu le Père la crée, intervenant à l’instant où les deux ADN des parents fusionnent. Elle devient acte, puisque l’âme, la personne est alors constituée dès le premier génome. Elle se souvient de la présence de Dieu le Père. Elle baigne dans la Lumière divine jusqu’à ce qu’elle soit recouverte par les conséquences hérédi­taires du péché originel.


L’âme se souvient de la Présence divine. Elle baigne dans sa Lumière. C’est le premier souvenir, dont elle fait mémoire en aimant, en priant, en vivant de la vérité en présence de Dieu le Père. Cette action de grâce se déroule à la fine pointe de l’âme, et n’a pas besoin des organes, car le siège de l’intelligence est en l’âme, le cerveau n’est qu’un transmetteur. Le pape saint Jean-Paul II en a donné témoignage en parlant de l’oraison, qui permet de remonter jusqu’à ce premier souvenir. L’âme pose à cet instant le premier acte d’existence. C’est sur la memoria Dei, intellect agent et spirituel agent que s’élèvent l’anthro­pologie et la métaphysique.


Il ne peut pas être soutenu que la memoria Dei soit dépendante de l’intel­lect agent. Cette proposition revient à énoncer que l’intellect agent est la cause instrumentale de la memoria Dei26, et donc que Dieu le Père serait soumis à Dieu son Fils, le Verbe27.




La fonction des puissances en l’homme


Le rôle induit à la memoria Dei s’étend au-delà de sa fonction première. Elle est la puissance de l’unité du genre humain, elle n’en est pas le principe, mais le moyen. C’est par elle que Dieu Trine relie chaque homme et femme entre eux au-delà des divergences, et c’est également par elle que se réalisera l’aver­tis­sement : l’illumination des consciences.


Le fondement de la fraternité entre les individus humains passe par la memoria Dei. Il en est de même pour l’unité de l’Église et la conversion de tous. Certes, ce moyen par lequel l’unité, la fraternité réelle du genre humain passe n’est pas sans le rôle éminent des deux autres puissances.

C’est aussi par la memoria Dei et les deux autres puissances que s’établit entre l’homme l’unité ou communion avec l’ensemble de la création.

Ces ensembles de communion et de fraternité se récapitulent en Jésus-Christ qui en fera mémoire lors de son Action de Grâce ultime quand Il sera revenu sur Terre en tant que le Fils de l’Homme descendant sur la Nuée.

Si la matière et les deux ordres du vivant sont marqués par une obsolescence programmée comme une machine moderne, il n’en est pas de même pour l’homme, dont la mort est de l’ordre de l’accident puisqu’elle est le résultat du péché originel, et que sa mort est un acte de justice. Cependant, durant sa vie terrestre, il a le temps de décider de la qualité de son immortalité : la vivra-t-il dans la béatitude ou dans la perpétuité de son péché ? Chacun répond à ce choix dans le secret de son cœur, car l’homme étant pourvu d’une liberté de conscience est entièrement responsable de son choix ultime devant la sollicitation de la Miséricorde.

La liberté est un attribut ou une fonction produite par la conjonction des trois puissances, puisqu’il faut nécessairement de la mémoire, de l’intelligence et de la volonté. C’est pour cela qu’un individu dépourvu des moyens de discernement n’est pas tenu responsable de ses actes. Il y a donc un lien de nécessité entre liberté et responsabilité, nul n’est responsable s’il n’est pas libre ; cette conjonction permet de croire en Dieu, de comprendre son acte, de comprendre ce qu’Il attend de nous pour notre salut.


Le génome, dès qu’il reçoit l’âme, reçoit aussi le souffle vital et les trois puissances, c’est ce qui constitue une personne.


L’identité de l’homme et de la femme, leur dignité et leur grandeur, si elles ont pour cause l’intention première de Dieu, celle-ci se transmet par les puissances qui permettent à chacun d’avoir conscience de son existence, une conscience morale. L’humain est au-dessus de l’ensemble du créé visible par sa nature et du créé invisible par grâce.


La personne – car seul l’homme est une personne – est constitutive dès l’instant de l’animation qui se produit à la fusion des deux ADN des parents. Le premier génome est une personne en voie de réalisation.

(à suivre : de l’animation)

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1 L’âme procède d’une racine étymologique indo-européenne henh mos (ou ane-) qui signifie « souffle vital ». On la retrouve :en grec ἄνεμος / ánemos (« le vent », souffle spirituel),en latin anima (« souffle vital ») et animus (« principe pensant »),en hébreu נֶפֶשׁ / néphesh (« souffle de vie », le vivant).

Notons que le monde latin distingue clairement la nature de l’âme (anima) de sa fonction intellective et volitive1 (animus). Cette distinction n’est pas anodine.


2 Sa pensée s’élabore à partir de l’idée qu’il se fait des choses. Il ne consi­dère pas l’autorité de la vérité émanant de leur réalité. Elle est la matrice des hérésies et autres déviances idéologiques et théolo­giques.


3 L’erreur de Platon et Plotin sera le socle de la doctrine du nomina­lisme et celle du volontarisme.


4 Les Albigeois ou Cathares s’appuieront sur cette affirmation pour édifier leur idéo­logie qui aboutissait à ne pas avoir d’enfants ni à se marier. La matière était pour eux un monde impur. Ils préconisaient de ne pas tuer d’animaux. On trouve ces éléments dans les mouvements écologistes et d’extrême Gauche1 ; ce qui explique qu’ils défendent avec intransigeance le droit à l’inter­ruption volontaire de grossesse tout en protégeant farouchement les animaux et s’opposent à la peine de mort. Ils ne connaissent plus l’homme qu’à travers leur grille idéologique.


5 La dialectique est la science des idées et le mouvement de la pensée qui va d’idée en idée, sans passer par les sens, jusqu’à atteindre le principe du premier principe : le Bien (ou l’Un-Bien). « La dialectique est la seule méthode qui, supprimant les hypothèses, s’élève jusqu’au principe lui-même pour y trouver sa confirmation. » (République, VII, 533c)

La dialectique est l’instrument par lequel les idéologues étirent et manipulent des éléments partiels de vérité pour imposer leurs idées, qui sont mortifères, puisque éloignées de la vérité, en rupture avec elle. Elles entraînent le meurtre de masse comme l’illustre l’histoire.

Chez Socrate, elle est pure ; chez Platon, elle est l’art du dialogue, découlant du fait qu’il place l’idée au-dessus de tout. La dialectique est le transmetteur de l’idée comme principe premier à toute réflexion.

Chez Aristote, elle n’est qu’un outil secondaire et dangereux.

Chez Hegel, c’est une loi de l’être lui-même : toute réalité contient une contradiction interne qui la pousse à se nier, puis à dépasser cette négation dans une synthèse supérieure. Il rejoint Platon ; sa conception n’est que la logique platonicienne, qui permet de remonter à la connaissance vraie pour rejoindre l’idée, mais par rebonds, il légitime la manipulation de la vérité, qui n’est plus une fin, mais un outil équivalent au mensonge. Il rejette le concept de l’unité interne de l’homme.

Chez Marx, elle n’est plus un idéal, mais un instrument matériel, développant les contradictions qui ne sont plus dans les idées, mais dans les rapports de production (bourgeoisie opposée au prolétariat). La lutte des classes est le moteur dialectique de l’histoire. La dialec­tique serait donc, pour Marx, une actrice des divisions dans le peuple, jusqu’à ce qu’un pouvoir coercitif lui impose un régime où seule la force commande. Nous en voyons encore les conséquences dans les régimes et praxies politiques qui nient le concept de la personne, ce qui se développe dans l’Union européenne.


6 L’âme ne peut être l’acte premier du corps, car le corps n’est pas l’origine de l’âme, c’est l’image qu’il représente qui est la cause instrumentale de l’âme en tant qu’elle est le support immortel de la forme, de l’image.


7 Il n’est pas de la nature de l’âme d’être ce que Aristote en décrit, puisqu’il confond la nature de l’âme et ce qu’elle accueille de dons spécifiques de Dieu : les trois puissances et le souffle de vie.


8 C’est une phrase ambiguë qui fait ressortir sa filiation platoni­cienne, car la sensation des choses senties n’est pas connaissance de ces choses, mais le point d’appui sur lequel on recherche à les comprendre. Nous verrons que l’âme ne peut être « tous les êtres ». Cette phrase sera le prétexte à un développement quelque peut « surréaliste ». En aval de la dispute contre le nominalisme et le volontarisme, se déve­loppera la proposition suivante : l’homme naturel peut découvrir par la raison l’existence de Dieu – ce qui est tout à fait juste –. Cependant, les opposants au nominalisme et au volontarisme ignoreront l’importance des trois puissances de l’âme, qu’ils semblent ne vouloir attribuer que dans le cadre du sacrement du baptême.

Les puissances de l’âme ne sont en rien atteintes par les conséquences du péché originel, puisqu’elles sont de la substance de Dieu. Seuls leurs possibles sont atteints par ces conséquences. Donc l’homme naturel peut, par les possibles des puissances et une grâce singulière de Dieu, découvrir le Dieu unique par la raison et entendre son appel :

« Une fois élevé de terre, J’appellerai tous les hommes à Moi. »

Il n’est pas possible pour l’homme d’entendre la voix du Sauveur s’il n’a déjà en lui sa mémoire – memoria Dei –, le souvenir de sa Présence, ni la capacité de comprendre, ni celle de vouloir répondre à son appel. L’homme, quelles que soient ses convictions, a en lui les moyens d’entendre l’appel de Dieu et d’y répondre, qu’il soit ou non baptisé. L’âme de par sa nature ne joue directement aucun rôle dans cet appel ni dans la réponse du sujet. Elle n’est pas intelligente par elle-même, mais contient la puissance de l’intelligence – l’intellect agent.


9 Plus généralement, les stoïciens (Épictète, Sénèque, Marc Aurèle) considèrent l’âme individuelle comme une parcelle du Logos divin (le feu artiste, le pneuma cosmique). Après la mort, l’âme vertueuse subsiste un certain temps avant de se dissoudre dans l’âme du monde lors de la conflagration universelle (ἐκπύρωσις). L’âme vicieuse, elle, se dissout plus rapidement. La vertu chez eux est très importante.

Ces citations contiennent le fondement du concept de la personne, selon la philosophie classique. Le stoïcien a une conception cosmique de l’âme, qui souligne l’unité du vivant et la participation de chaque être à un principe uni­versel. Il y a sous-jacent la prescience de l’unité de toute la création. L’homme n’est pas une création singulière, mais une étincelle du pouvoir divin, destinée à s’y fondre après sa mort.

Cependant, il est à noter que le stoïcisme est athée et matérialiste, mais il y a la notion du jugement de l’âme, ce qui se retrouve dans la plupart des religions, ici il s’agit de philosophie. Cela prouve que, lorsqu’on est honnête, mais sans connaissance de Dieu, la pensée aidée de la raison touche à des réalités qu’on ne peut atteindre sans la grâce ; sinon, on finit dans un enferment de contradictions que seul le Christ brise.

Le concept de « personne » est contenu dans le dialogue que le Seigneur, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, établit depuis le Buisson ardent avec Moïse et à travers lui, avec toute l’humanité : « Moïse ! Moïse ! » On appelle un homme par son nom, parce qu’il est une personne, et seul une personne peut donner un nom à un animal ou à une plante. Moïse est ici appelé dans l’écho de l’appel que le Seigneur adressa à Abraham ; et c’est toute l’humanité qui se trouve appelée au salut : « J’appellerai tous les hommes à moi. » Il est contenu dans la Révélation : il est explicite avec Moïse, mais tout aussi explicite dans le tragique dialogue entre Dieu, Adam et Ève. Il adresse ses reproches à deux personnes : l’une d’elle accuse l’autre de l’avoir entraîné à la faute et l’autre accuse le serpent. Le verbe « accuser » ne se conjugue que par une personne. Jésus pardonne à Marie-Madeleine, à Pierre, au lépreux, au paraplégique, Il pardonne à la personne qu’Il guérit. Le concept de « personne » est exalté dans le mystère de l’Incarnation et de la Résurrection. Certes, il n’est pas intellec­tuellement appréhendé ni dans l’Ancien, ni dans le Nouveau Testa­ment, mais il est mis en pratique dans les Dix Comman­dements ainsi que dans le discours des Béatitudes. Jésus met la personne au cœur de la charité, de la compassion, du pardon, de sa justice et de la Résurrection.


10 Cette proposition va être saisie par des courants schismatiques dès la fin du 1er s. après J. C. , et va s’étendre en Asie dès le 1er s. après J.C. ce qui permettra à un courant gnostique de s’affirmer sous le nom de bouddhisme et répandre cette erreur qui corrompra hindouisme par le biais du Brahmanisme. Il y eut une période ou le Védisme a été en relation avec le prophète Élie et la communauté des mystiques. Le mouvement bouddhiste a été suscité pour retarder l’avancé de l’évangélisation en Asie surtout en Chine. Des tombeaux d’empereurs ont dévoilé que la religion chrétienne été très bien implantée en Chine dès la fin du 1er siècle et dans le courant du 2e s. après J. C.

Une chose peut-elle être tout à la fois unie et divisée?

Pour autant, il affirme que l’âme humaine est de même nature que l’âme du monde : divine, immortelle par essence – le concept d’essence est faux ; il n’y a pas d’essence, mais une substance ; le pétrole n’était guère en usage pour se chauffer, et le moteur à explosion n’existait pas. Cependant, en affirmant que « l’âme humaine est de même nature que l’âme du monde », il touche une surréalité : Dieu.

Il affirme qu’elle préexiste au corps et lui est naturellement étrangère ; et là, nous retrouvons Platon et la priorité à l’idée que je me fais des choses et non à l’acceptation de l’autorité de la vérité du réel1.

Nous arrivons à un point de totale rupture avec la doctrine catholique : « Le corps est dans l’âme, et non l’âme dans le corps (Enn. IV, 3 [27], 20-22). L’âme est plus vaste que le corps ; elle l’« habille » comme un outil. » Plotin ignorait-il Aristote ? Pouvait-il ne rien savoir de la Révélation chrétienne ? L’âme est dans le corps. Il propose également que les ordres : végétal, animal et le règne humain aient une âme : est-ce juste pour le végétal et l’animal ?


11 Il est à noter que le Magistère ne s’engage pas sur le terrain philosophique, il s’en déduit que la question de la nature de l’âme reste ouverte.

L’âme ne se réincarne pas. Elle ne se dissout pas dans une conscience cosmique ou impersonnelle, elle ne préexiste pas au corps. Dès sa création, elle permet que l’embryon soit une personne ; elle est créée dès le premier génome, qui demeure pour toujours cette personne unique, appelée à une relation unique et éternelle avec Dieu, qui est Lui-même une Personne.


12 Il m’est arrivé de le souligner à des théologiens, des philosophes et des exégètes cette distinction entre les verbes « créer et faire », mais aucun n’a considéré cette distinction comme importante, car la lecture qu’ils en font est dans la dépendance de la pensée thomiste1. Certains de ceux que j’ai interrogés sur le sujet, prétendent que la traduction en français faite par des Juifs ne serait pas toujours exacte, mais l’abbé Glaire fait une traduction à partir de la Vulgate de saint Jérôme, dont on sait qu’il s’est informé auprès des plus hautes autorités morales et intellectuelles juives de son temps.

13 Proposition condamnée infailliblement par le Magistère de l’Église.


14 Qualifier d’attributs les trois puissances n’est pas ajusté à Dieu, car les puissances sont la substance de Dieu, elles ne sont pas des qualités transcendantes de Dieu comme la bonté, la justice, etc. Les nommer attributs est un facteur diminuant leur importance.


15 Le souffle vital suivrait le don des trois puissances divines.


16 Certains posent le principe d’une anthropologie animale, d’autres vont jusqu’à réfléchir à poser une anthropologie végétale. Or, il est certain que l’anthropologie est la science de l’acte de l’être, tandis que l’ontologie est celle de l’être en soi. Si on pose les principes d’une anthropologie animale et végétale, c’est au mépris des qualités propres à l’homme, qui ne se retrouvent dans aucun des deux ordres, puisque l’humanité est un règne et c’est un règne pour chaque individu humain. Ce qui veut dire que soit on cherche à niveler le niveau de l’existence de l’homme à celui du végétal et de l’animal. Nous sommes donc bien dans un contexte socioculturel d’inversion du paradigme. Ce courant intellectuel est suscité par les courants mondialistes et antichrétiens ; c’est une guerre contre toute l’humanité.


17L’âme procède d’une racine étymologique indo-européenne h₂enh₁mos (ou ane-) qui signifie « souffle vital ». On la retrouve :en grec ἄνεμος / ánemos (« le vent », souffle spirituel),en latin anima (« souffle vital ») et animus (« principe pensant »),en hébreu נֶפֶשׁ / néphesh (« souffle de vie », le vivant).

Notons que le monde latin distingue clairement la nature de l’âme (anima) de sa fonction intellective et volitive1 (animus). Cette distinction n’est pas anodine.


18 Cf. Maître Eckart, Angélus Silesius, saint Jean de la Croix.


19 L’architecture du Temple de Jérusalem est fondée sur la géométrie de la vie, et surtout sur celle de l’homme, à commencer par le premier génome et son évolution en embryon. Le Temple est la pédagogie de la vie terrestre et éternelle.

Alors que Jésus-Christ, Fils de David, vient de chasser les marchands du Temple, les prêtres interpellent Jésus :

« Les Juifs donc, prenant la parole, lui dirent : Par quel signe nous montres-tu que tu peux faire ces choses ? Jésus répondit et leur dit : Détruisez ce temple et je le relèverai en trois jours. Mais les Juifs repartirent : On a mis quarante-six ans à bâtir ce temple ; et toi, tu le relèveras en trois jours ? Mais Jésus parlait du temple de son corps » (Jn 2, 18-21).

La réponse de Jésus aux prêtres redéfinit et conclut la destinée du Temple de Jérusalem. Il le fait devenir l’épicentre de son sacrifice et le fléau de la justice de son Père des Cieux. Un échange qui est tout autant destiné au sacerdoce juif qu’à la hiérarchie de l’Église à qui Il demandera des comptes. Le Temple accomplit ici sa mission par le Grand et unique Prêtre : sa mission pédagogique de la vie naturelle et surnaturelle est achevée, puisqu’il s’apprête à rejeter ce pourquoi il a été élevé : la Vérité, le Verbe.

Dans ce dialogue, Jésus nous renvoie au mystère de l’Incarnation du Verbe et à celui de sa Résurrection à venir. Ces deux mystères forment le principe de l’intelligibilité de la création. En désignant son corps comme le véritable Temple, Il l’élève à une surréalité qu’il prophétisa. Jésus est la pierre angulaire de son Église, de son corps mystique, et la sève de tous les fruits amassés de son Incarnation à son Ascension. Parmi cette sève, une part est réservée aux intellectuels qui s’ordonnent au service de la vérité.

Le Temple de Jérusalem n’est plus le lieu des rites et des invocations, mais celui du monde, de la création qui s’engage sur la voie du salut ouverte par le Messie, le fils de David. Le monde n’a pas d’autre destinée que de devenir le Corps du Christ dans une intégralité absolue à l’intérieur de l’ultime action de grâce qu’Il célébrera en tant qu’unique Grand Prêtre pour la Gloire de son Père des Cieux. Ce monde est créé par un Dieu transcendant ; sa création est sa Révélation naturelle. Il est par destination la couronne de gloire du Fils unique, le Verbe incarné, mais aussi celle de l’homme qui aura suivi la voie tracée, creusée par le Fils de l’Homme. Le dialogue entre les prêtres et Lui donne la mesure du drame qui se prépare depuis la chute d’Adam et Ève, drame universel à l’intérieur d’un peuple élu pour le salut de ce monde, et qui s’apprête à faire juger la vérité, juger le Verbe de Dieu.


20 Nous en avons eu l’exemple avec les deux cyclones bombes du Noël 1999. Si l’une des conséquences du péché originel est de désunir la création en elle-même et avec le genre humain ; le Paradis n’ayant pas été détruit mais enlevé, cette communion demeure dans une perfection invisible. C’est ce qui fait qu’aucun acte humain soit neutre, il y a toujours une incidence quant il est pensé et en acte. C’est l’une des raisons qui fait écrire l’Apôtre Paul « la création et en douleurs d’enfantement » ou « la création attend sa délivrance ».


21 Une erreur qui sera la cause d’un débat dramatique opposant dans l’Église les communautés religieuses qui ont vocation de servir la vérité, entre autre, la Fraternité Saint Jean. Il y eut parmi les membres les tenants purs et durs du thomisme dont les positions ne furent pas toujours suscitées par des raisons intellectuelles, si bien, qu’ils anéantiront toutes les oppositions à la loi de bioéthique, qui fut la cause instrumentale de cette confrontation acharnée et tragique. Ils montreront une intelligence brillante mais totalement pervertie par des considérations et très occultes. Ils sont les acteurs majeures avec les politiques de la transgression commise contre l’honneur de la paternité incréée du Père éternel. Ils se sont fermés à toute miséricorde. Ceux, qui dans l’Église, vont directement ou indirectement soutenir la loi de bioéthique utiliseront l’erreur de Thomas pour justifier une animation tardive et échevelée, irresponsable, comme ils ont fait avec moins de violence, mais avec autant de perversité envers la dépénali­sation de l’avortement.

Le Père Marie-Dominique Philippe porte une lourde responsabilité, car sa position était telle qu’il alla jusqu’à proposer une animation à six mois, et tous ceux qui lui proposer de poser l’étude sur les trois puissances et surtout la memoria Dei devait affronter sa colère. C’est vrai aussi qu’il devait éviter des poursuites en justice civile canoniques ainsi que son frère. D’autres frères issus de familles évoluant dans les couloirs très obscures du pouvoir ne pouvait se permettre que le prestige de leur famille, de leur parentelle ait à souffrir des conséquences d’une position qui n’allait pas dans le sens du pouvoir. Le baiser de Judas Iscariot est une avenue pour l’enfer.


22 Le mot essence est d’origine platonicienne, Aristote a raison, il n’y a pas d’essence, mais bien une substance. 


23 Jésus a corrigé l’erreur de saint Thomas d’Aquin par l’intermédiaire d’une illettrée : sainte Catherine de Sienne.


24Il s’agit du concept de dérivation de l’unité vers le multiple, et de la hiérarchie de l’être en métaphysique. Le multiple dérive de l’unité. Ce fut une grande intuition de Platon, reprise par Plotin, théorie confortée par les généticiens : le monogénisme – l’humanité, les espèces animales et végétales procèdent d’un couple mâle et femelle. Il peut être dit de même de la matière, qui fut d’abord unique, un, et qui, après que sa mémoire de forme soit actée, a vu la diversité se mettre en place sans que sa nature ne change. Que ce soit de l’or ou du plomb, de la pierre ou de l’eau, cela reste de la matière. Aristote écrit : « Mais il faut remarquer que les questions : quelles sortes de choses sont dites « unes », qu’est-ce que « être un », et quelle en est la définition ne sont pas identiques. « Un » se dit en plusieurs sens, et tout ce à quoi appartient l’unité selon l’un de ces sens sera dit « un ». Mais « être un » signifie tantôt être une de ces choses, tantôt être quelque chose d’encore plus proche du sens premier du mot « un ». (Métaphysique X, 1052a 19-22) et écrit également : « Est dit « un » ce dont le mouvement est un et indivisible selon le lieu et le temps ; ainsi le contenu naturel, le tout, l’individu, et l’universel sont appelés « uns ». ( Métaphysique X, 1052b20-25)

Aristote se trompe, car s’il y a plusieurs uns, parce qu’il y a plusieurs multiples, c’est bien qu’il y a un « UN » qui est cause première de tous les « uns » et de leurs multiples.

Pour nous, catholiques, l’« UN » comme Cause première ne peut être que Dieu, et Il n’est pas pour lui-même un attribut, mais substance ; Il est une Personne. Il est Un en trois Personnes, et le principe absolu des multiples qui existent dans la création visible et invisible. Il est donc également le principe de l’unité des ensembles de multiples.

Le multiple n’est pas le contraire ni l’opposé de l’Un, mais son expression, puisque c’est par lui que l’on remonte à l’« Un », et qu’Il maintient l’unité du multiple.

Dieu ne se divise pas, Il se communique ; la création ne se divise pas, elle est tenue par un principe d’unité qui est l’« Un » et qui a pour liant le don, puisque le don est ce qui caractérise l’ensemble diversifié de la création. Seul l’homme est capable de se diviser en lui-même et avec son prochain à cause de son péché. Il s’agit d’une division qui est de l’ordre de l’accident en conséquence du péché originel.

Aristote se prend les pieds dans le tapis. Dieu est l’Un et trois Personnes donc un multiple identique qui pourtant ne divise pas l’Un qui est Dieu.

Ce même Dieu, à cause de sa communion interne aux trois Personnes, se donne à l’extérieur de Lui, en dehors de son Présent immobile. Tout ce qu’Il a créé dans le monde immatériel, des esprits, et dans le monde matériel est un multiple de l’« UN » qu’Il est, et ce multiple est le fruit du Don qu’Il est, le Don est une Personne. Il est donc le principe absolu, le principe de l’unité de tout ce qu’il a créé. L’unité de son Un n’est en rien remise en cause par la diversité du multiple.

Ex. : le gravillon est issu du caillou, lui-même issu du rocher, qui est issu de la montagne. La montagne est l’une des expressions de la matière. La matière est donc le principe « un » du tout qui en découle selon les lois mécaniques qui la soumettent.

Il y a un ordre mathématique et un ordre supérieur, puisque le principe hiérarchique de la création est Dieu, la Cause première. Les deux concepts : mathématique et hiérarchique ne s’opposent pas, ils sont ordonnés à la Cause première, et le multiple n’est en rien une opposition à l’« un » ni à l’unité.

L’unité en Dieu, le Dieu Un, n’est pas rompue par les trois Personnes divines, ils ont une seule substance – ousia, et une identique dignité. Aussi, il semble difficile d'opposer l’« un » au principe de la création, qui est « Un », soit Dieu ; or, il se constate que Dieu n’est pas divisé par son acte créateur ni par les multiples qui en procèdent.

Autre ex. : Le premier couple – Adam et Ève –, principe physique de l’unité du genre humain, n’est pas séparé en lui-même par les générations à venir, bien au contraire. Il est une analogie de la très Sainte Trinité, puisque dès l’union physique des corps, la grâce de sponsalité entre en acte. Dieu découvre non deux personnes, mais trois : l’unité des deux ou union sponsale. L’homme et la femme, époux, expriment dans l’union fécondante de leur corps une unité absolue, si bien que Dieu, lors de cet échange intime, voit trois personnes, à savoir l’un de l’unité des deux, soit trois, alors que le monde ne peut en voir que deux.

L’union formée par un homme et une femme est l’analogie de la Très Sainte Trinité, puisque de leur union procède l’expression de leur fécondité : l’enfant. Comme le Saint Esprit est l’expression fructueuse de la communion d’amour du Père envers le Fils et du Fils envers le Père.


25 Pour mémoire, et selon le témoignage de personnes de son entourage proche, le Père Marie-Dominique Philippe interdisait que l’on étudie la memoria Dei, et avait repoussé avec force l’idée d’une possible philosophie propre à la pensée chrétienne. Son influence dans l’Église fut un véritable désastre.


26 L’erreur de saint Thomas d’Aquin au sujet de la memoria Dei a été le prétexte de disputes dramatiques, elle aura permis de soutenir la légitimité de la loi de bioéthique et celle de l’interruption volontaire de grossesse. Il est à noter que le farouche opposant à une reconsidération de cette question fut le père Marie-Dominique Philippe, et on en connaît les raisons aujourd’hui. Une honte. D’autant que ceux qui l’ont combattu sur ce terrain-là continuent d’en subir les conséquences, une injustice qui réclame réparation au ciel.


27 Les ânes en seraient inconsolables, et leur extermination par fou rire comme cause instrumentale serait alors d’une puissance inextinguible, mais il n’y aurait peut-être plus de pénurie de foin, là est la question ?

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