IMPLICATION DE L'HOMME DANS LA FIN DES TEMPS





PIERRE-CHARLES AUBRIT SAINT POL


EN COLLABORATION AVEC FRANCOIS QUINQUIN


IMPLICATION DE L’HOMME

dans

LA FIN DES TEMPS



COMMENTAIRE DES CHAPITRES XIII ET XII

du

LIVRE de L’APOCALYPSE de SAINT JEAN


« ESSAI »




INTRODUCTION

La fin d’un temps est assurément très proche de nous. Il est à considérer qu’elle a déjà commencé. Dans cette perspective, quelle est la responsabilité de l’homme sur la création dont il est le sommet, la cause finale naturelle et au sein de laquelle il vie, il s’accomplit ? N’a-t-il pas reçu la mission d’exercer un principat sur elle dès sa création ? N’est-il pas tout à la fois sujet et acteur dans cette fin d’un temps dont la mise en œuvre par la purification est lancée et rendue inexorable ?

« Puis Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les animaux domestiques et surtout la terre, et sur les reptiles qui rampent sur la terre »1.

L’homme est totalement impliqué, lié, en communion avec la création qui lui est ordonnée comme finalité naturelle : cause finale naturelle. Catherine Emmerich reçut cette vision : « J'ai vu l'intérieur de l'homme, tous ses organes, comme l'image de toutes les créatures et de leurs relations entre elles, il récapitule en lui toutes choses, des astres jusqu'aux plus petits animaux, comme si ceux-ci étaient par la chute de l'homme tombés eux-mêmes dans le corporel et le périssable. Tout ceci s’harmonisait en l'homme, mais il brisa cette harmonie et dut désormais travailler, lutter et souffrir à cause de sa faute. Je ne peux exprimer cela plus clairement, car je suis moi-même un membre de l'humanité déchue. »2

Les liens de la création avec l’homme subsistent, fragilisés par les conséquences du péché originel pour lequel l’homme fut le seul décideur. C’est par la création, le réel, que l’homme réalise en lui la sagesse naturelle par laquelle il rejoint la Sagesse surnaturelle. L’ordre de dominer sur la création est un devoir surnaturel qui exige l’acquisition de la sagesse naturelle ce qui ne lui ouvre pas un blanc seing, car cet ordre s’ordonne en vue de l’Action de Grâce qui ne peut se confondre avec la prière de louange dont on fait un usage et un emploi abusif surtout dans les milieux charismatiques trop souvent aux dépens des œuvres nécessaires à la foi et de la réalité. Cessons de dévisser les ampoules.

L’espace et le temps sont de l’ordre du créé, sujets que nous traitons dans cet essai. En effet, il importe que l’homme retrouve sa place dans la création d’autant que le temps est prioritaire selon la Sagesse surnaturelle.


La création sera remise au Fil de l’Homme qui reviendra sur la nuée par le peuple de Dieu : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement en dieu. Tout par lui a été fait, et sans lui n’a été fait rien de ce qui existe. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes... »3 Cette déposition en offrande ultime de l’homme à son Sauveur se dénomme Action de Grâce. C’est l’Agneau de Dieu qui la célébrera au Ciel en présence de tous les sauvés et les anges, ce que signifie, réalise et prophétise le sacrement de l’Eucharistie. Mais entre l’Incarnation et son retour notre action de grâce quotidienne devrait être notre guide spirituel de toute la journée, qui ne peut se désolidariser du sacrifice de la croix auquel l’homme et la femme participent dans le mystère de la foi, notamment dans celui de l’Eucharistie : « Fruit de la terre et du travail des hommes... ». Il convient de ne pas séparer notre prière du Saint Sacrifice qui nous nourrit jusqu’à la fin des siècles.


Le Seigneur enseigne que la lumière ne se met pas sous le boisseau. Le temps est venu de rendre clair ce qui selon est abscons. Il ne suffit pas de savoir qu’il y a une fin d’un temps suivie d’une Fin des Temps, mais de comprendre ce qu’elle pourrait être en possible dès maintenant puisque de toute évidence elle a commencé et, comment s’y préparer et quelle en est notre part, tel est le but de cette première partie qui rappelle la place de l’homme et sa responsabilité dans le créé, face au réel, la seconde partie est consacrée au commentaire des chapitres XIII et XII de l’Apocalypse.


Les siècles vont vers leur accomplissement dès l’ex nihilo du point de vue de la philosophie du créé, car tout ce qui est quantifiable a une fin. Le Verbe nous le rappelle en prenant chair dans l’homme Jésus de Nazareth. Son incarnation, avant que le monde soit, avait pour objet l’Assomption de l’homme et la glorification de la création qui est appelée à changer de nature mais non de substance.


L’homme est acteur et objet de l’Apocalypse parce qu’il est libre d’un choix qui soit le met en amitié avec Dieu ou l’en éloigne ; c’est de l’usage ou emploi qu’il fait de sa liberté en lien avec la vérité qui le détermine par rapport à l’Apocalypse qui est la description d’une universelle purification de l’univers de l’homme avant qu’il n’entre dans la septième demeure4.

Dieu ne conçoit pas le mal, il n’envisage pas que sa créature aimée d’un amour de prédilection le rejette, quand bien lui a-t-il donné la liberté, car le fait qu’il soit le seul Saint véritable exclut qu’il puisse y avoir en lui une cause diminuante. Dieu est Dieu. Il fait confiance à sa créature, mais il voit le mal qu’elle fait en acte qui commence par l’intention. C’est la raison pour laquelle le péché originel est la première grande transgression et, Dieu le Père réclamait justice pour la Sainte Trinité qui s’en est trouvée blessée.

Le lien entre l’Incarnation et la Passion est de l’ordre de l’accident .

Si l’homme attendait, soupirait vers sa délivrance, son rachat, depuis l’Ascension de son Rédempteur, le chrétien attend, soupire au retour du Fils de l’Homme venant sur la nuée.


Le cycle des deux mille ans arrive à son terme5.

Notre génération et l’Église entrent dans une nouvelle étape qui doit les faire entrer dans la septième demeure ; cette étape ultime fut prévue de toute éternité, le péché originel l’aura quelque peu retardé et embrouillé sa compréhension. Ce tournant est historique. il met face à face deux intentions opposées : le messie politique et le Messie Glorieux, l’agneau pascal dans son triomphe final réalisé. C’est une situation qui n’a pas de précédent et nous voyons se dessiner les contours d’une conflagration dans laquelle tous les hommes et les anges sont convoqués. Elle est de l’ordre spirituel d’abord, mais il est évident qu’elle ne s’actuera pas sans impacter le monde, elle passera de la puissance à l’acte et, cela a déjà commencé. Elle bouleversera l’organisation des peuples et nations sauf pour les fidèles qui seront dans l’intention de Dieu. Cette purification engage en tout premier lieu l’acte de l’homme remontant au passé le plus lointain dont le présent se charge de plus en plus à cause de décisions transgressives irrémédiables du point de vue de la Justice divine, car qu’elle que soit l’infinie Miséricorde, Dieu réclame réparation puisque l’homme est un sujet libre, d’une liberté qui appelle Miséricorde et Justice.

La situation morale, sociale, culturelle et spirituelle ne peut plus être relevée de notre seule volonté. Le Ciel viendra à notre secours, car « Le monde sera sauvé par la foi chrétienne »6 oui, mais en acte, ce sont les actes de foi qui amèneront le secours du Ciel. Oui, mais à l’égal du prophète Jérémie dans sa citerne, c’est du fond de l’épreuve que les soupirs s’élèveront vers le Ciel. Et c’est de la seule responsabilité des fidèles qui se seront laissés investir totalement par Dieu que l’appel au retour du Christ sera exaucé ; eux seuls, de l’intérieur de l’Immaculée Conception, silencieux au pied de la croix et dans le tombeau, feront entendre en justice et vérité la supplication de tous les hommes tombés dans les bienheureuses citernes : le tombeau du Christ. Ils auront laissé à l’Esprit Saint le soin de configurer leur cœur et esprit. C’est pourquoi l’Église entre dans l’invisibilité.


Le livre de l’Apocalypse nous enseigne sur cette période de purification en termes parfois voilés, mais en y regardant de plus près, on s’aperçoit qu’il est le développement du Magnificat que chanta la sainte Vierge Marie lors de la Visitation. Le sommet en sera la manifestation de l’Antéchrist et de l’Antipape que Jésus dispersera de son souffle.


S’aventurer à exposer et expliquer tout ou partie du Livre de l’Apocalypse, c’est entrer dans la nuit de Bethléem où la charge du péché et l’aurore de la Rédemption s’engouffrent. C’est déjà l’enveloppement du mystère de la croix, elle est surnaturellement plantée dans la mangeoire, car elle l’était dès l’annonce faite par l’archange Gabriel à Marie. Le Fiat de Marie est un oui au sacrifice de la croix que le sang d’Abel le Juste appelait.

La Révélation chrétienne s’est incarnée dans l’homme, dans notre histoire, dans notre espace-temps sur cette terre, dans le créé. La Révélation de l’Ancienne Alliance qui est parfaitement de foi catholique, elle ne s’est pas incarnée, elle s’est manifestée – les Dix commandements – et a inspiré. Mais notre foi chrétienne nous dit que la Révélation s’est incarnée, a pris chair à l’Annonciation de l’archange Gabriel dès le Fiat d’une jeune fille descendante d’Aaron et de David.

Il faut partir de cette simplicité naturelle et surnaturelle – sanctionnée par l’Union Hypostatique, Union des deux Natures en la Personne du Christ Jésus de Nazareth –, car c’est le chemin de la divinité pour rejoindre l’homme et se laisser par lui caresser.

C’est un enfant qui mendie notre amour et, c’est par ce même Enfant divin que nous savons que nous sommes aimés de Dieu, rien de moins, mais c’est un tonnerre. Cette naissance exprime, révèle un esprit de détachement qui a toute sa puissance dans un Enfant-Dieu, un Nouveau-né reposant dans une mangeoire. C’est cela le vertige du mystère de Noël, l’abandon de la Gloire et de la dignité divine entraîne l’homme Jésus et tous les hommes qui voudront le suivre fidèlement dans une kénose, un effondrement qui peut seul nous faire passer par la porte de l’Aiguille. La Sagesse divine rejoint la sagesse naturelle qu’elle assume par le Verbe incarné et, dans l’intérieur de l’Union Sponsale qui émane de l’union matrimoniale entre Joseph et Marie et, surgit l’union des trois Cœurs Sacrés devenant la cause exemplaire de ce que doit être notre sainteté par le surgissement de la Charité qui se déversera en premier dans le cœur de saint Jean-Baptiste et ainsi, le feu de l’amour en l’Église est déjà là, consumé en lui-même et consumant le fidèle de Dieu et de son épouse. Le pontificat du Pape François entraîne l’Église vers cette kénose nécessaire pour faire venir la Parousie ; l’Église doit rejoindre son époux dans le tombeau. La clef de compréhension de ce pontificat n’est pas ailleurs que dans la nécessité de descendre dans le tombeau de la Résurrection. Il n’est pas possible d’entrer dans ce lieu si on reste riche de soi.

Dieu est le principe absolu d’une réalité supérieure, intemporelle au créé, hors de l’espace et du temps, mais qui s’est incarné.

Le père Gaël Giraud, de la Compagnie de Jésus, encourage l’interprétation littérale de l’Apocalypse. L’heure n’est plus aux sophisti­cations ni à l’intellectualisme. La vérité ne s’imagine pas, elle est ou n’est pas. Être serviteur de la vérité pour un chrétien, c’est mettre la Révélation à la portée de tous. Le Pape François prépare la synodalité, réforme la curie, il précise en amont que le Peuple de Dieu a le « sens de la foi et qu’il participe à l’infaillibilité de l’Église ». Pourquoi la Doctrine ne lui serait-elle pas expliquée comme un aliment fin ?

L’interprétation que nous proposons n’est pas exclusive ni exhaustive. C’est un essai. La première partie est consacrée à la responsabilité de l’homme, car il est l’acteur de la purification et son objet. La seconde partie concerne le commentaire du chapitre treizième, il nous fut demandé par un de nos abonnés, il voulait comprendre le chiffre d’homme 666 et nous prolongeons par le chapitre douze concernant la Dame dans le Soleil qui nous fut suggéré lors d’une messe. Nous avions donné en d’autre temps une première ébauche de réponse, mais elle est trop insuffisante, c’est pourquoi nous entreprenons ce travail que nous souhaitons être Action de Grâce.

(à suivre)


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1- Gn. 1, 26

2- Les mystères de l’Ancienne Alliance, par. 6

3- Jean, pr. 1, 1- 4a

4- La spirituelle, intérieure que décrit sainte Thérèse d’Avila avec les demeures du château est également une préfiguration de la destinée de l’homme et de la création dans leur finalité accomplie au Ciel : la septième demeure.

5- Selon les confidences de Jésus à la mystique Garetta, l’histoire du salut se divise en période, en cycle de 2000 ans.

6- Discours du Président Poutine.


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