DE LA FRANCE CHRETIENNE de Alain Poret











C’est à Reims que les Francs assument le destin de la France qui est encore la Gaule qui est alors largement christianisée, mais divisée entre royaumes ariens et catholiques romains. La France est "fille aînée de l'Eglise" par le baptême de Clovis en 496. C'est la longue tradition de la monarchie française de "droit divin". Depuis les Carolingiens, la fleur de lys fut en France l'insigne de la royauté1. « Le roi de France porte les armes de trois fleurs de lys en souvenir de la benoîte trinité. Par l'ange de Dieu, elles furent envoyées à Clovis, premier roi chrestien ». (Raoul de Presles).

Et, le Moyen Age est également né dans le baptistère de Reims, le jour de Noël. La France est le lieu privilégié de l'extension de l’ordre du Temple fondé en Champagne. En 1118 Hugues de Payens crée la "militia Christi", à l'origine de l'ordre du Temple. En 1128, Bernard de Clairvaux (saint Bernard) en fait approuver les règles par le Concile de Troyes qui siège à la cathédrale. La Champagne est le berceau de l'ordre du Temple, après le concile de Vienne dans le Rhône en 1311, le pape Clément V ordonne sa dissolution en 1312. Les Templiers ont été mis au bûcher par les exécutants du roi de France, Philippe le Bel. Aujourd'hui les archives du Vatican révèlent que l'ordre du Temple a été effectivement "dissous", mais aussi "absous"2.


La France est celle de l'art roman initiateur aux mystères chrétiens. Le patrimoine le plus dense de France est roman, un qualificatif dérivé de "romain" pour en désigner les églises du XIIe et XIIIe siècles3. Les artisans sont souvent les moines bénédictins qui possédaient cette science sacrée conservée dans les monastères. L'art roman devient ainsi le "roman de la foi". Enfin, les écoles romanes sont bourguignonnes, auvergnates et poitevines. C'est l'ordre clunisien qui a diffusé l'art roman4.


L'architecture gothique est née sur le territoire de la Champagne. L'Ile-de-France est aussi le "foyer du gothique". L'art gothique est l'influence française la plus déterminante. Pourtant le style ogival créé par l'arc brisé remplaçant le plein cintre fut méprisé à ses débuts, puisqu’on l'appela gothique pour en souligner le style barbare évoquant les Goths. Le passage de l'arc roman à l'arc brisé devient l'apanage des Cisterciens qui propagent le Gothique à travers l'Europe. Enfin, la période du style gothique est la rare période de notre histoire où la France crée une architecture nouvelle et l'enseigne à l'Occident chrétien5.


En l'an mille, Raoul Glaber évoquait ce "blanc manteau d'églises qui recouvraient la chrétienté". Au début de son ouvrage, "Les bâtisseurs de cathédrales", Jean Gimpel écrivait : "En l'espace de trois siècles, de 1050 à 1350, la France a extrait plusieurs millions de tonnes de pierres pour édifier 80 cathédrales, 500 grandes églises et quelques dizaines de milliers d'églises paroissiales. La France a charrié plus de pierres en trois siècles que l'ancienne Egypte en n'importe quelle période de son histoire - bien que la Grande Pyramide ait à elle seule un volume de 2 500 000 mètres cubes". Enfin, l'historien académicien Max Gallo écrit sur la France : "Il n'est pas un mont de ce pays où ne s'élève un calvaire. Pas un champ qui ne soit traversé par un chemin qu'empruntèrent les pèlerins. Pas un village qui ne soit rassemblé autour d'un clocher".


Phare de la chrétienté, jamais la France n'a répandu autant de lumière spirituelle qu'au XIIè siècle pendant lesquels les grands centres d'enseignement sont Laon, Paris, Chartres surtout. On y vient de tous les horizons de la chrétienté6. Il y a avait ainsi cet élan vers les cathédrales : "les simples, les ignorants, tous ceux qu'on appelait la "Sainte Plèbe de Dieu" apprenaient par les yeux presque tout ce qu'ils savaient de leur foi" (Emile Mâle).


La France d'aujourd'hui représente encore cent mille mètres carrés de vitraux et dix mille orgues y résonnent. Il faut rappeler encore qu'avec la restauration de Vézelay, celle de Notre-Dame de Paris représente la plus grande entreprise de Viollet-le-Duc parmi tant d'autres à son actif: Palais des Papes d'Avignon, abbatiale Saint-Denis, cathédrales telles Amiens, Beauvais, Evreux, Reims, Troyes etc.


Les deux grands saints protecteurs de la France spirituelle chrétienne, Martin et Jeanne d'Arc tous les deux baptisés peuvent être mis en parallèle. Tous deux à quinze ans portèrent l'armure et vécurent pendant trois mois la vie militaire. L'officier Martin était d'abord destiné à cette carrière d'armes où Jeanne d'Arc se révéla comme un grand capitaine. Mais Martin eut sa "vision divine" comme Jeanne d'Arc eut ses "voix angéliques". Jeanne d'Arc, "apôtre du patriotisme" fut brûlée vive en 1432 par les Anglais. De même les reliques de Saint Martin, "apôtre des Gaules" furent brûlées en 1562 par les Protestants. Dernière et sublime coïncidence, nous avons deux fêtes nationales : la fête de l'Armistice du 11 novembre 1918, fête de la Saint Martin; et la fête de Jeanne d'Arc, le 8 mai, fête de la Victoire de 1945 et trois célébrations liturgiques pour Jeanne la Pucelle : deux en France et une à Rome. Il ne s'agit guère de nationalisme avec la "haine des autres", mais de patriotisme avec l' « amour des siens » mêlé intimement à la religion chrétienne comme en témoigne le messianisme lorrain.


Il y a aussi un autre rapprochement. Sainte Geneviève, qui vient prier tous les jours à La Chapelle, consacrée "Vierge de Dieu", est la gardienne du sépulcre de Saint-Denis. Cela se passe en 429. Or, en 1429, Jeanne d'Arc concentre l'armée royale à La Chapelle, après avoir conduit le roi à l'abbaye Saint-Denis. Ainsi les deux "vierges élues" se rencontrent au même endroit, à mille ans de distance. Sait-on enfin que le blanc royal du drapeau de la France est inspiré de la chemise de la Sainte Vierge conservée à Chartres et qu'il est entre le bleu de la "capa" de saint Martin et le rouge de l'oriflamme de saint Denis. L'oriflamme est l'enseigne féodale de l'abbaye de Saint-Denis, adopté par les rois de France du XIIè au XVè siècle. Cet emblème stylisé sur les étendards ( j’ai barré le verbe devenir, car tu te contredis au début de ton discours) sera remplacé par la fleur de lys.


Le pèlerinage au Sacré Cœur est à la fois à Paray-le-Monial, en Bourgogne, et sur la butte Montmartre à Paris avec basilique du Sacré Cœur. Il avait été demandé à Marguerite Marie Alacoque, qui sera canonisée par Benoît XV après sa première apparition du Sacré Cœur, le 27 décembre 16897, à Paray-le-Monial, de faire en sorte que le roi de France inscrivit l'emblème du Sacré Cœur surmonté d'une croix sur les étendards et les armes royales, afin de marquer que le "royaume des Lys" se plaçait sous la protection du Christ-Seigneur. Informé ou non de ce vœu, Louis XIV ne lui donna pas suite. Mais, plus tard, les Chouans de Vendée n'ayant pas oublié, frappèrent leurs drapeaux de l'emblème du Christ qu'ils portaient également sur la poitrine quand ils marchaient à la bataille.


C'est donc au XVIIe siècle qu'une religieuse qui se nommait Marguerite Marie écrivait en 1689 : "que le Seigneur veut se servir de la France pour réparer les amertumes et les outrages qui lui sont prodigués, et qu'il demande l'érection d'un édifice à la gloire de son Divin Cœur pour y recevoir la consécration de toute la France". Ce n'est que pendant la guerre de 1870, que le vœu devint national. Le vœu fut officiellement consacré le 18 janvier 1872 par Mgr. Guibert et reçut l'approbation solennelle du Souverain Pontife Pie IX, le 31 juillet 1872. Puis l'Assemblée Nationale adopta le projet d'érection de la basilique, le 23 juillet 1873 à une majorité de 244 voix.


Le 21 mars 1917, à un moment où la guerre franco-allemande s'enlise, le président Poincaré recevait la visite d'une jeune paysanne, Claire Ferchaud, missionnée pour lui déclarer: "Monsieur le Président, le Sacré Cœur s'adresse à vous. Il veut que la France officielle reconnaisse Dieu pour maître, et il veut pour nos temps actuels que son Sacré Cœur soit peint sur nos couleurs nationales. C'est du Chef de l'Etat qu'il attend cet hommage". Emu, le président Raymond Poincaré répondit à Claire Ferchaud: "Je ne peux pas. Je dois soumettre le cas à la Chambre, mais ce sera rejeté".


Finalement la France est un pays où une commune sur huit porte un nom de saint. La France chrétienne sonne le tocsin en "toquant ses saints". On peut d'ailleurs les citer: saint Eloi (Limousin), saint Sébastien (Narbonne), sainte Geneviève (Nanterre), saint Rémi (Laon), sainte Jeanne d'Arc (Lorraine), saint François de Salle (Savoie), saint Vincent de Paul (Gascogne), sainte Catherine Labouré (Côte-d'Or), sainte Bernadette (Lourdes) et sainte Thérèse (Lisieux), saint Maurice à Lille, saint Jean-le -Baptiste à Perpignan.


On peut rappeler qu'en France, la vigne gallo-romaine est devenue chrétienne comme en témoignent les grandes abbayes médiévales (Saint-Denis, Saint-Germain-des-Prés, Sainte-Geneviève, Saint-Maur): "Pas de cloître qui n'accueille et ne bénisse la treille. Pas de croix dans la France de jadis que ne festonnent les pampres. Le cep est sous la crosse" (l'ivresse étant bien sûr un péché).


En guise de conclusion, pourquoi ne pas évoquer l'œuvre du sculpteur Rodin, "La cathédrale" (1908), baptisé du nom d'un édifice, ce "geste de prières" qui en dit long sur le cheminement spirituel; de même que le célèbre "ange de pierre", sur la façade de la cathédrale de Reims, symbole de notre pays comme capitale spirituelle. N'a-t-on pas dit déjà que cet ange au "sourire séraphique" illumine la gravité évangélique ? Oui la France est bien une "Madone des fresques" qui a un "supplément d'âme" se nichant dans des lieux de "mémoire sacrée".


En épilogue, citons Charles Péguy : "Vraiment, dit Dieu, mon Fils m'a fait de très bons jardiniers. Depuis quatorze siècles qu'il ameublit cette terre d'âmes, Depuis quatorze siècles que mon Fils laboure et cultive cette terre, il m'a fait de très bons laboureurs et cultivateurs. Et des moissonneurs et des vignerons. Mais ici, dit Dieu, dans cette douce France, ma plus noble création, ils ont tout canalisé, ameubli dans les jardins de l'âme. Peuple qui fait le Pain, peuple qui fait le Vin, ô ma terre française, Peuple qui suis le mieux, qui a le mieux pris les leçons de mon Fils. Toutes les sauvageries du monde, on peut m'en croire, je le sais peut-être, Toutes les sauvageries du monde ne valent pas un beau jardin à la française, Car c'est là qu'il y a le plus d'âme et de création. C'est là qu'il y a de l'âme… Mais jardinier, peuple jardinier tu en fais ces beaux ruisseaux d'eau vive Qui arrosent les plus beaux jardins Qu'il y ait jamais eu au monde, Qui arrosent les jardins de ma grâce, les éternels jardins. Vous êtes celui qui dessine le jardin du Roi. Aussi je vous le dis en vérité c'est vous qui serez mes jardiniers devant Dieu; C'est vous qui dessinerez mes jardins de Paradis". (Le porche du mystère de la deuxième vertu).


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1- La royauté française est intimement liée au salut des nations ainsi qu’au retour du Fils de l’Homme

2- Nous savons que la dissolution du de l’ordre des templiers fut le fruit de calculs politiques et financiers et qu’ils étaient innocents des accusations portées contre eux ; alors pourquoi Dieu l’a-t-il permis ? Parce qu’il ne revenait pas à un ordre religieux de traiter avec l’argent au point qu’ils furent les premiers banquiers de l’Occident. Une institution religieuse ne peut se commettre en tant que profession d’argent.

3- Il existe des artefacts qui témoignent d’une architecture romane dès l’installation des Francs et autres tribus germaniques, de même qu’il y eu une transition pré-romane entre l’architecture byzantine au Sud et à l’Est.

4- Les prémices romanes de la sculpture semblent jaillir dans le Roussillon, dans la vallée du Tech et dont le centre de gravité pourrait être Saint Génie des Fontaines qui se trouve à la limite sud de la plaine entre le Tech et la Têt.

5- L’art gothique ne se résume pas à l’architecture ; c’est l’essor de la littérature, la stabilisation des penseurs grecs dans l’expression de la théologie – la scolastique – c’est aussi un art de vivre où le femme se trouve par le culte marial exaltée, exhaussée à une dignité que brisera la Renaissance et qu’elle ne retrouvera plus et certainement pas à notre époque dite de « libération ».

6- Ce rayonnement se retrouvera dans un élan spirituel qui surprendra les nations : l’Ecole Française de Spiritualité au XVIIème siècle et sur laquelle l’élan missionnaire des XIX et le premier tiers du XXème siècles s’appuiera.

7- Le roi Louis XIV fut pleinement informé, mais son confesseur un jésuite fâcheux le dissuada d’obéir aux demandes de Sacré Cœur ; cent ans plus tard la révolution éclatait et la constituante proclamée… On ne se moque pas de Dieu.

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