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LE CHAT 4ème entretien - DE LA PHILOSOPHIE et DE LA MATIERE P. C. Aubrit St Pol





DE LA PHILOSOPHIE ET DE LA MATIERE




Gédéon avance, plié, le souffle court, sous la charge d'une Tramontane puissante, colérique. Le ciel de nuit, paré de bancs bleu-velours, draps royaux, de langues déchirées cramoisies se déclinent en opale en passant par des verts. Il défie l'obscurité, elle prend sa place à l'allure d'un sénateur radical de la troisième république.

Faire la vérité pour qui ? Qui veut la recevoir ? Infranchissable indifférence au mieux, au pire la haine. Jours sombres. La vérité resserre la solitude de son serviteur. Maîtresse altière, habillée de vieilles hardes et si jeune. La servir, se laisser consumer. Feu de glace et de braises. Séduction despotique, puissance de liberté. L'homme lui est ordonné.

Le parfum de violette l'accueille au seuil du jardin des délices, posé sur le fumier du monde. Ils sont là, attablés, maîtres du temps. Leur visage juvénile rayonne d'une lumière pure. Leur liberté ne souffre d'aucune contrainte. Ils ont aimé l'amour.


GEDEON – Bonsoir, la compagnie.

Tous en cœur – Bonsoir à toi, Gédéon.

ALBERT – Bois de ce lait de chèvre, il est chaud, tu es glacé.

THOMAS – La philosophie a été détachée de l'autorité de la Révélation et déracinée de la vérité depuis la Renaissance. Les humanistes ne supportent pas l'autorité de la vérité parce qu'elle ne procède pas de leur volonté. Et en toute logique, ils en viennent à rejeter la Révélation ou à la soumettre à leur confort. Ils se sont mis à décrier l'époque médiévale, cracher dessus, pour justifier leur rupture avec la scolastique, école qui prenait acte de l'autorité de la vérité, faisant de la philosophie la servante de la Révélation.

Descartes actera la rupture. Dieu le laissera à son cogito, il s'égarera. Il posera les bases de l'inversion métaphysique en faisant dépendre l'essence de l'existence, "Je pense donc je suis" erreur doublée par son Discours de la Méthode avec son doute méthodique duquel germera le relativisme. Il aura reproduit le péché originel, excluant Dieu de l'intelligence alors qu'elle est l'un de ses attributs, Puissance de l'âme – l'intellect agent. La philosophie humaniste rompt avec la vérité en tant qu'elle est la cause finale de la sagesse naturelle et qu'elle s'accomplit dans la sagesse surnaturelle – l'amour de charité. La vérité n'est pas relative, elle est ou n'est pas.

AUGUSTIN – Les philosophes humanistes sont tombés dans le matérialisme ou les gnoses. Ils l'ont réduite à un accessoire selon la logique de l'accaparement, de l'avoir, du profit, du pouvoir, situation renforcée par l'hyper-spécialisation, le cloisonnement de l'acte humain. Un mode de pensée qui impacte jusqu'à l'enseignement et tous les domaines de l'acte. Ils enferment dans des prismes idéologiques s'éloignant des véritables puissances de la liberté jusqu'à rompre avec elle. Leurs idéologies creusent sans cesse la rupture avec la réalité. Ils ne peuvent survivre à leur système de pensée qu'en élaborant d'autres, une fuite en avant. C'est une aliénation. Ils ont soumis à l'acte la connaissance alors qu'elle devrait éclairer l'intention dont celui de la création artistique.

JEROME – La rupture de la philosophie avec la Révélation entraînera certains milieux intellectuels chrétiens, peu enclins à affronter le monde, à s'accrocher à la philosophie réaliste, rejetant la philosophie spéculative ou l'inverse. Ils n'ont jamais eu l'audace de la liberté qui aurait consisté à mettre un terme à l'arbitraire idéologique et à s'exorciser de l'humanisme. Ils se sont bien gardés de réintégrer la scolastique surtout thomiste, ils ont préféré le néo-platonisme - l'idée que l'on se fait des choses plutôt que l'autorité de la vérité. Et quant à leur prétendu néo-thomisme, il est soumis aux puissances des quatre vents, accroché à la potence des suffisances.

THOMAS – La philosophie n'est qu'un outil et non une fin. Elle est la servante de la Révélation - Dieu dit de Lui ce qu'Il est et ce qu'est l'homme. Il importe de comprendre sa Révélation, de rechercher la vérité. Elle permet de rejoindre Dieu. Si un philosophe n'est pas fondamentalement un détective de la vérité, il est aussi ajusté à la raison que celui qui veut faire traverser l'océan à un caillou sur une feuille de papier. Un singe est moins sot et dangereux que lui.

ALBERT – Votre génération a été témoin de la démystification politiques des idéologies. Mais dans le fond de cette affaire, tout n'est qu'apparence. Car, par le canal du néo-libéralisme, elles triomphent dans le quotidien de nos sociétés démocratiques et finit de les structurer alors que dans les pays anciennement communistes, ils s'efforcent de s'en libérer. Le Pape Benoît XVI tracera la voie d'un retour possible de la liberté intellectuelle et surtout, celui de la libre-parole lors de son discours à l'université de Ratisbonne. Il n'a pas été suivi d'effets et, les milieux catholiques auront à son sujet développé une sévère surdité de confort. C'était pourtant l'occasion d'entreprendre la purification de l'intellect en se mettant résolument au service de la vérité. La hiérarchie de l'Eglise en France n'a rien fait d'autre que de continuer sa sourde opposition au Saint siège depuis l'élection du Pape saint Jean-Paul II. Elle ne se risquera pas de déplaire au pouvoir en place. Elle ne s'est pas départie du confort social et pervers du concordat napoléonien. Elle a resserré ses liens avec la république à l'occasion de la pandémie de la Covid-19. En échange de son silence, elle a obtenu un élargissement de l'assiette fiscale pour les dons et legs. La servilité est une forme de prostitution, qui aura atteint un sommet, alors qu'elle aurait dû prendre la tête de la résistance contre un pouvoir moralement et spirituellement illégitime. Il n'est qu'à entendre son silence terrifiant face à la loi de fin de vie, l'euthanasie. Un murmure élégant et si discret.

THOMAS – Mon frère Gédéon, l'une des raisons de ta mission est de lever une résistance dans le Peuple de Dieu sans attendre l'autorisation de cette hiérarchie qui n'a plus aucun crédit moral ni spirituel, non pas sous la forme d'une organisation politique, mais surnaturelle, intellectuelle et culturelle. Les laïcs sont les vrais résistants.

JEROME – L'important Gédéon, c'est de continuer de faire la vérité. Car, la philosophie pour elle-même est un mur infranchissable d'orgueil. Rechercher la vérité, la comprendre, l'enseigner, la rendre accessible à tous voilà ta mission. L'intellectuel chrétien sort du quant-à-soi, se rafraîchit auprès de la Mère de Dieu et, affirme l'originalité des vertus chrétiennes sans aucune concession au monde ni allégeance aux idéologies. Il se laisse investir par la puissance libératrice de la vérité et de l'amour.


GEDEON – Revenir à la libre-parole, revient à tourner le dos à la liberté d'expression qui est la règle dans les démocraties et, qui leur sert de paravent pour contrôler la libre-parole qui est au service de la vérité. Nos sociétés occidentales s'offrent à la dictature, en parallèle à l'apostasie de moins en moins silencieuse dans l'Eglise. Mais revenir à la libre-parole de l'époque médiévale, n'est-ce pas vouloir soulever le Canigou avec le petit doigt ?

THOMAS – Tu as raison, mais un enfant, par sa foi et son innocence, le soulève avec une plume de bergeronnette. Dieu veut que tu sois cette plume. Ne te soucie pas du reste.

AUGUSTIN – Traitons maintenant du thème de la création. Peut-il être retenu que le hasard en soit la cause première ? Faut-il le considérer comme une intelligence ? Peut-il être soutenu que l'intelligence ne soit pas une personne ?

JEROME – En supposant que le hasard soit la cause du créé, il faut l'appeler Dieu. Le mot hasard désigne un espace dans un jeu où le résultat d'un acte ne dépend pas de la raison – le jeu de dés, le quatre-cent-vingt-un. Le hasard n'est pas un créé. Il n'est rien et un rien ne peut être la cause réfléchie et raisonnée du créé.


GEDEON – La matière pourrait-elle être sa propre cause ?

ALBERT – Je savais, qu'il nous faudrait une réserve d'aspirine. La matière est un ordre minéral passif, ce n'est pas un règne car, le terme de règne suppose une capacité de choix, une volonté, donc une liberté, ce qui n'est propre qu'à l'homme. L'homme est le seul règne. C.Q.F.D.

La matière est totalement passive, soumise à des lois mécaniques instaurées par une cause intelligente qui l'aura imprégnée d'une mémoire forme. Concevoir, qu'elle puisse être sa propre cause et donc celle de l'ensemble du créé, c'est faire preuve d'une grande cruauté envers les ânes qui souffrent d'un puissant fou-rire. Elle est ordonnée à l'entretient de sa partie biologique qui manifeste la vie, elle en est le support, pas la cause. Elle ne possède ni volonté, ni désir, ni sentiment, ni sensibilité. C'est un minéral. Elle n'a pas conscience de son existence. Elle ne peut être sa propre cause.

THOMAS – Ne se dit-il pas, au sujet de la nature qui est matière, qu'elle entre dans de grandes colères ? Le langage populaire ne dissimulerait-il pas à ce sujet une réalité métaphysique ? Mais, elle a une mécanique réactive - éruption volcanique, tremblement de terre, glissement de terrain, raz-de-marée, inondation, tempête –. Ces événements peuvent être perçus comme de la colère. Ne se pourrait-il pas que certains d'entre eux, de plus en plus tragiques, soient en résonnance avec le péché transgressif de l'homme ?


GEDEON – La réponse à cette dernière question pose d'autres questionnements comme : qu'est-ce que l'homme ? Qu'est-il pour la Cause Première qui l'a créé ? Quelle est sa place et sa mission dans la création ?

JEROME – Ces questions sont légitimes, mais elles ne peuvent être traitées ce soir. Nous y reviendrons.

AUGUSTIN – Selon les observations des physiciens - tout objet a une cause car, il est un effet de cette cause. Si nous considérons, comme nous l'avons démontré lors du second entretient, que la matière et le temps furent créés simultanément et liés par une nécessité mutuelle, nous admettons que la cause de leur création est indépendante du temps et de l'espace. Car, la formation de l'espace-temps est une conséquence de leur création. La cause leur est extérieure. Soutenir le contraire reviendrait à considérer que la matière est sa propre cause or, nous venons de démontrer cette impossibilité. La création du temps suppose que la cause qui l'a créé soit dans un présent immobile, permanent. Sans ce présent immobile et permanent nous n'aurions pas la notion du temps ni de l'éternité.


GEDEON – Que savons-nous de la matière primordiale ? Qu'est-il possible d'en dire ?

ALBERT – Un enfant de sept ans peut répondre à cette question – elle n'a pas de réponse. Tous ceux qui ont essayé d'apporter une réponse n'ont fait qu'émettre une hypothèse, que les idéologues ont saisie opportunément pour consolider leur matérialisme. Y a-t-il un homme sur cette terre qui fut témoin de cet instant de création ? Cette question sur la nature de la matière primordiale ou originelle en pose une autre – quand admettrons-nous l'inconnaissable à l'intérieur du connu ? Si cette attitude intérieure était appliquée, il n'y aurait pas de supposé réchauffement climatique, et les serres chaudes pour cerveaux agités ne se seraient pas multipliées. Nous devons admettre nos limites. Il n'est pas dans l'ordre de la sagesse de prétendre vouloir tout expliquer. D'autant qu'une part importante de notre compréhension des choses passe par la contemplation, l'infusion. Admettons notre pauvreté une fois pour toute, c'est-à-dire nos limites qui est le sérum contre l'orgueil, la vanité. De même qu'il y a des domaines de recherches qui n'auraient jamais dû être ouverts, si la sagesse était le premier investissement chez nos chercheurs.

AUGUSTIN – Albert, tu reviens sur la question de la bonne et mauvaise curiosité. Il faudra la traiter.

THOMAS – Nous avons une certitude. Le Verbe par son Incarnation, sa Mort et sa Résurrection emporta avec Lui une particule de matière dans la Très Sainte Trinité. Il s'est donné la matière pour la transfiguration de toute la création visible et de son assomption. C'est avec cette particule de matière glorifiée qui permettra, de l'intérieur de l'Immaculée Conception, à ce que le Verbe fasse toute chose nouvelle. Mais notre frère Albert a raison, admettons et acceptons qu'il y ait, dans ce que nous pouvons connaître, une part d'inconnaissable. Ce fait, une fois intégré dans la recherche de la vérité, se transforme en garde-fou contre l'orgueil et sa folie.

En conclusion de cet entretien, nous pouvons dire - que Dieu est la Cause intelligente de la matière et du temps.






































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