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LE CHAT : 2ème entretien P. C. Aubrit Saint Pol






LE CHAT : 2ème entretien


La vieille barrière branlante du jardin est ouverte, découvrant un banc abrité par un massif de lauriers roses et blancs. En cette saison, le laurier ne fleurit pas, devrait-il s'en étonner ? Dès qu'il s'engage sur le boulevard, il se sent en transit pour un autre monde. Il a découvert la réponse à sa question : que m'arrive-t-il ? Mais il ne se sent pas le droit de la sortir de son cœur. C'est à peine, s'il ose penser à la joie qu'il ressent de ces entretiens. Trésor éphémère, porterait-il un lien sacral d'éternité ?




Chat :

Bonsoir Gédéon.


Gédéon :

Bonsoir Chat. Toujours aux aguets du "passant honnête".


Chat :

Rejoignez notre compagnie, nous n'en serons que plus à l'aise assis. Cette propriété appartient à mon maître, n'ayez aucune crainte d'y pénétrer.


Gédéon :

Bonsoir la Compagnie. Cette fin d'hiver nous est clémente, dommage qu'il ne pleuve pas assez. Mais ce fol jardin ne manque de rien !


Chien et Chouette :

Bonsoir à vous Gédéon.


Chien :

Il est heureux que, malgré la puissance de son jarret, l'homme ne parvienne à tout maîtriser. La nature réagit aux actes humains, sa colère va crescendo et sa vitesse de réaction s'accroît.


Chouette :

Si nous revenions sur le sujet du temps.


Chat :

Si tu te posais sur l'appui fenêtre au lieu de te percher au-dessus de nos têtes, Chouette. Te prendrais-tu pour le Saint-Esprit ?


Chouette :

Tu as tes rhumatismes, le Chat ! cesse de miaou-râler.


Chien :

Tu la sors du bidon Bonux ! pour un chat noir, tu fais dans le blanc.


Gédéon :

Vous êtes en forme ! aucun risque à s'ennuyer ce soir.


Chat :

J'en perds mon miaulement ! vous seriez-vous ennuyé les précédents entretiens ?


Chouette :

Gédéon ton humour est noir ! tu n'es pourtant pas un chat. Il manquerait plus que notre frère Ane arrive, nous tomberions dans un puits sans fond, de sagesse s'entend.


Ane :

Bonsoir la Compagnie.


Les Quatre :

Bonsoir Ane.


Chat :

Ne devais-tu pas arriver avant nous ? Le gazon n'attend que toi. Il serait temps que tu prennes l'habitude d'arriver à l'heure.

Ane :

Vas-tu me mettre au piquet ? Tu penses trop. Le temps n'attend jamais, et l'heure n'a rien à dire. Chouette, viens te poser sur moi, tu ne perdras pas la tête. Tu ne tomberas pas dans le puits sans fond.


Chouette :

Tu écoutes aux portes ! manquerais-tu de luzerne ?

Le temps est un créé. Il le fut dans l'instant T. où fut créée la particule de matière inconnue qui n'est pas la cause seconde du temps. Tous les deux, quoique distincts, sont la nécessité de l'autre.


Ane :

Veux-tu dire que la matière et le temps s'ordonnent l'un à l'autre. Et, qu'ils auraient la même Cause Première ? Démontre-le-nous. Car, il n'est pas rare d'entendre que le temps serait directement la cause seconde de la matière qui est un volume en elle-même. N'a-t-elle pas trois dimensions ?


Chouette :

Le créateur d'une œuvre se trouve en dehors du sujet qu'il s'apprête à créer. Elle est dans l'instant de son présent à lui, l'artiste. Il pense le sujet et ordonne la matière. Il exprime un principe d'autorité sur elle. Il est donc bien à l'extérieur de sa création qui, elle, est dans le présent de son créateur.

La création de la particule de matière inconnue a le même rapport d'autorité avec sa Cause Première, elle lui est soumise. Or, quand nous observons la matière, nous identifions un volume, une densité. Elle est mesurable : une longueur, une largeur, une profondeur, une surface, un poids. Elle porte en elle les distances. Mais la distance induit la durée. Et, il ne peut y avoir de durée sans le temps qui en est son principe.

La matière, étant un corps inerte, passif, sans âme, inconsciente de son existence, elle ne peut être la cause seconde du temps, car toute création demande une cause intelligente. La Cause Première qui crée la particule de matière inconnue est la même qui crée le temps, d'autant que, pour ce sujet, il se constate une nécessité mutuelle.


Gédéon :

Lors de notre dernier entretien, j'avais posé la question de savoir pourquoi le temps ne se mesure-t-il pas ?


Ane :

Qui, sur cette terre, peut dire à quel instant le temps a été créé ? Qui peut dire où se situe son début ? Qui connaît sa fin ? Nul ne peut donner de réponse et, ne devrait peut-être pas se poser la question. Admettons, une fois pour toute, qu'il y a des inconnaissables, ce qui nous éviterait des délires d'orgueil en prétendant tout vouloir et pouvoir comprendre et maîtriser. L'orgueil est le lit de tous les maux.


Gédéon :

N'est-il pas dans l'ordre de la mission de l'homme de dominer la terre et, ne se doit-il pas de s'efforcer de la comprendre ?


Chat :

C'est l'un des thèmes sur lesquels il nous faudra revenir : y a-t-il une bonne curiosité ?


Chien :

Dans la problématique du temps, il faut introduire la théorie du Mur de Planck au-delà duquel, il semble impossible de savoir ce qui s'est passé. Mais rien ne dit que derrière ce mur, il n'y ait pas le temps, puisque selon le Livre de la Genèse – la cosmologie mosaïque – il y avait un magma informe, le chaos. Il y a une matière inconnue, ce qui induit un volume qui nécessite le temps.


Chat :

Le Mur de Planck serait l'instant où la matière inconnue a reçu les informations constituant la mémoire forme pour s'organiser en vue d'un dessein qu'elle ignore. Il est donc tout à fait concevable de proposer que le temps ait été créé dans l'instant T. de la création du Tohu-Bohu. L'envoi d'informations à la matière inconnue serait postérieur à la création du temps dont la création aura été simultanée à celle du Tohu-Bohu.

Prétendre percer sa durée totale du temps, c'est devenir un "Robur avec son Albatros" de Jules Vernes. Une démence, que seul, le rire innocent de l'enfant peut lui être opposé. C'est l'une des raisons qui poussent les puissances du mal à vouloir détruire et profaner l'innocent qui porte en lui un mystère de justice qui les dépasse et les terrorise.


Gédéon :

Nous sommes d'accords, le temps n'est pas mesurable pour l'homme autrement que par la durée.

Se pourrait-il que la matière et le temps soient contenus dans une sorte de container ? Envisageons que ce soit le cas, il n'est pas possible de prétendre que l'éternité soit leur container. Car, l'éternité n'est pas un créé, mais un état qui procède du Présent immobile, elle a pour cause première le Présent éternel de Dieu. C'est le temps qui permet de déduire le concept d'éternité. Car, la Cause Première, qui crée le temps et la matière, ne peut poser son acte de création qu'à la condition qu'elle soit à l'extérieur de l'objet créé. Serait-il possible d'envisager que la frontière séparant la création visible de l'invisible puisse être d'une autre nature et, comme adossé à l'éternité.

Dans ce cas, ce qui est désigné comme une expansion infinie de l'univers, pourrait n'être qu'une illusion d'optique, la solution à ce questionnement devrait peut-être se chercher du côté de la théorie des fractales avec un effet miroir. Ou bien alors, nous nous trouvons devant une matière inconnue qui forme le container qui rendrait vraisemblable la théorie de l'expansion.


Chouette :

Il me semble, que tout contenu soit enfermé dans un récipient. Aussi, considérant que le temps et la matière ont été conjointement créés et sont liés entre eux par une nécessité commune, il s'infère qu'ils ont une fin prédéterminée comme tout ce qui se mesure, puisque ordonnée par les lois physiques et biologiques. Le temps, qui a une mesure, mais que nul ne peut mesurer, a une fin prédéterminée. La matière et le temps sont transitoires en leur état actuel.

En physique, tout corps tombe, et nous savons que les lois de gravitation maintiennent les objets célestes entre eux. Pouvons-nous ignorer que l'univers, à savoir toute la création, soit contenu ? Car, selon les lois de la physique, l'univers visible est mesurable, quantifiable ainsi que tous les objets qui le composent ? Considérons que l'univers visible forme une masse, la question qui s'impose à nous est : quel mode, quelle technique lui permet de se maintenir ? Car, si les objets célestes obéissent entre eux à des lois physiques d'attraction et de répulsion – phénomène de l'orbite – considérant l'unité de la création visible dans sa masse, il est logique de se demander comment cette masse se maintient-elle ? Selon la loi de Newton, cette masse fantastique de l'univers devrait s'effondrer quelque part ? Or, ce n'est pas le cas. Et, il semble bien, qu'à l'extérieur de la masse formée par l'ensemble de la création visible, le tout univers, il n'y ait aucun objet qui, par les lois d'attraction et de répulsion la maintienne. La question du comment tient-elle, ou quel est le mode qui la contient reste légitime à poser.

Une fois de plus, nous voici confrontés à un inconnaissable. Certains tenteront d'y répondre par une théorie tirée des lois physiques qui, à cette dimension, sont à considérer avec prudence ; d'autres affirmeront que c'est la Sainte Providence divine qui les soumet, mais qui peut dire de quelle manière Elle s'y emploie ? Nous sommes devant un inconnaissable de ce que nous croyons connaître. Socrate a raison : admettre son ignorance et l'impossibilité d'aller au-delà est la clef pour entrer en sagesse.


Ane :

Les idéologues matérialistes manipulent le temps en disant : le temps du travailleur, du repos, du souvenir, de jouir etc. alors qu'il ne s'agit là que de durées. Un rousseauiste des caniveaux éculés de misère a osé dire : " donnez du temps au temps[1]",mort de rire ! Le temps créé est lié à la matière par une mutuelle nécessité se dirigeant vers sa finalité surnaturelle : un accomplis­sement. C'est ce que signifient les paroles de l'Agneau de l'Apocalypse : "Je suis l'alpha et l'oméga."

Ce qui importe aux hommes, c'est de répondre à cette question : que faire de la durée accordée ? Et quelle est leur contribution à la création pour qu'ils soient avec elle au rendez-vous de cet accomplissement ?

Gédéon :

Des animaux qui ont la foi ? Bon ! tout est possible.


Chien :

Des esprits fatigués ont inventé le mot temporalité, ils auraient pu utiliser le mot : durée sût été plus simple.

Sartre s'en sert pour justifier en démonstration interne à son option idéologique l'existentialisme et, d'après lui, ce serait cette notion de temporalité qui rendrait difficile la perception de notre être, de le saisir.

Je crois que c'est-là une erreur, car il me semble que c'est le refus de croire à l'éternité de la vie qui empêche le matérialiste de saisir pleinement son être, le temps ni est pour rien.

Quand un sujet ne croit pas à la transcendance, à savoir : un acte porté par notre Cause Première, qui vient vers nous, nous élevant au-delà de notre nature, il passe sa vie à se justifier et invente des modes de pensé stériles. Il s'efforce de démontrer la justesse de son raisonnement et s'enferme dans un bocal à conserve pour cornichon. Il fait de son désespoir son royaume, attirant les Mouches et se refusant à en assumer les conséquences mortelles. Ce sont des impuissants du sourire.


Chat :

Mes amis nous allons nous séparer. Je propose qu'à notre prochain entretien nous abordions le thème de la cause de notre existence, du créé en général.


Chouette :

D'accord, mais tu nous fourniras l'aspirine : bonjour la migraine !


La compagnie disparaît. Gédéon se retrouve seul sur le trottoir. La rose étincelante, tel un bijou, l'émerveille comme si elle faisait partie de son regard. Elle efface ses doutes. Il reprend sa marche pèlerine, la nuit, son écrin de velours, l'emporte dans sa voyette royale vers cette attente secrète. Plaie toujours ouverte de son cœur, attente du Connu-Inconnaissable. Ne pourra-t-il un jour, un instant ultime, s'entendre Lui dire : "je t'aime ?"


________________________________ [1] François Mitterrand, homme politique.

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