EPIPHANIE : L’ADORATION DES ROIS MAGES de P. C. Aubrit St Pol














EPIPHANIE : L’ADORATION DES ROIS MAGES

(Matthieu 2, 1-12)


Saint Matthieu était le plus âgé des Apôtres, il occupait la charge de scribe du Temple avant de rencontrer Jésus. Son Evangile est un style journalistique, il relate des instantanés, un peu comme un reportage de faits divers ; son réalisme nous interdit d’envisager qu’il ait pu être débordé par son imagination. Il avait connaissance du drame qui se déroula à Bethléem de Judas trente ans auparavant. Il est vraisemblable qu’il en ait demandé confirmation à la sainte Vierge Marie et à Jésus1.

Les suspicions jetées sur les récits de l’enfance de Jésus, désignés par « Evangile de l’Enfance » ne se justifient pas et, surtout pas au nom de la rigueur scientifique. Ceux qui soutiennent encore cette proposition sont issus d’une certaine gauche intellectuelle ecclésiastique très conformiste, déstabilisés par le contenu de ces passages, un enseignement d’une richesse inépuisable qui balaie les doutes sur la divinité de Jésus et son humanité. L’histoire des rois mages est particulièrement ciblé, elle est un enseignement qui prendra tout son sens et sa forme après la purification, qu’annonce la réforme de la Curie du Pape François2.

L’Incarnation du Verbe en l’homme Jésus de Nazareth est celle de la Révélation. La vie divine et la vérité sont incarnées dans le réel de la création. Tout de l’Ancien et Nouveau Testaments et les actes pétriniens impactent la personne, la société et les univers visibles et invisibles. Prenons exemple du sacrifice d’Abraham sur son fils Isaac : il signifie la fin des sacrifices humains. La foi et l’obéissance de ce patriarche ont permis à Dieu de rompre les liens qui enfermaient l’homme dans les puissances des anges-démons. Certes, les fruits n’en furent pas immédiats, mais l’homme qui persévérait dans cette pratique pouvait être condamné3, car sa conscience morale le lui indiquait puisqu’il était libéré des liens dont il se croyait obligé. C’est ce qui explique pourquoi Dieu exigent et ordonne l’extermi­nation des royaumes cananéens, de leurs habitants et de leur bétail, car ils pratiquaient le sacrifice humain. Il en reste une trace : le nom Géhenne4 est une contraction du cri des mères cananéennes à qui l’on retirait l’enfant pour le sacrifier en cas de danger et d’épidémie, il était jeté vivant dans les flammes au fond de la vallée de Jérusalem où les ordures étaient brûlées, elles criaient : « Mon enfant ! » ce qui donna « Géhenne » en cananéen et qui devint une des illustrations de l’enfer. L’élimination de tout vivant appartenant à ces royaumes vient de ce que de telles pratiques rayonnent sur l’ensemble de la communauté et peuvent impacter les Hébreux par leurs infimes consé­quences, eux qui ne pratiquaient pas cette abomination sauf dans la période décadente des deux royaumes. Le sol conquis devait être purifié.


La visite des rois mages :


La visite des rois mages est un évènement stupéfiant, il n’y a pas de précédent que des potentats, des souverains se soient inclinés librement devants une autre autorité. C’est une démarche unique dans son genre à cette époque de l’histoire. Elle suppose un travail de vérité sur soi et sur la création d’une telle qualité que l’on peut parler de recherche philosophique. Elle annonce le renversement des modes de gouvernement des Etats et peuples et préfigurent la fin de l’imperium qui prévaut encore aujourd’hui dans nos démocraties où le dernier bastion est l’appareil judiciaire. L’acte d’adoration des rois mages aux pieds de l’Enfant Jésus a sens de renonciation de leur pouvoir sur les hommes sachant que leur légitimité procède du Ciel selon qu’ils respectent le Droit naturel et la Loi naturelle. C’est l’annonce de la fin des nations, mais la réalisation ne dépend pas de l’acte humain, mais bien du seul vouloir divin encore que celle-ci n’annonce nullement la disparition des cultures et identités spécifiques, car le principe de l’unité n’est pas le retour à l’Un, ce qui induirait la disparition de la personne en tant qu’individualité, ce n’est pas vraisemblable. Mais il s’agira, au plus près, d’une communion des personnes prolongeant la Gloire du Corps Glorieux du Christ Jésus et auquel chacun sera uni par l’amour et la vérité.

Les étymologies :


Epiphanie qualifie la nature de la visite des rois mages : mot d’origine grecque phainien, phanesthai signifie faire briller, faire voir ou paraître, ce qui donne le mot fantôme. Epiphanie epiphaneia, mot qui apparaît au XIIes., il a pour sens : action de se montrer, manifestation de la puissance divine.

Roi a pour racine indo. euro. *reg qui signifie diriger en droite ligne, en sanskrit : raja ; le roi est celui qui sert la règle, il indique le bon chemin, la bonne voie. Il est le garant et le défenseur du Droit naturel et de la Loi naturelle.

Mage dérive du latin magos prêtre celui qui interprète les songes, ce titre vient sans doute de l’antique fonction du prêtre roi ; par extension, il indique le sage, celui qui détient un savoir qu’il transmet avec sagesse. Les rois mages sont des souverains.

Selon le récit de Matthieu, ils s’intéressaient à l’astrologie qui englobait l’astronomie, longtemps ces deux sciences n’en formaient qu’une, car si elles se distinguent dans l’ordre de l’intelligence, elles n’en sont pas moins unies par l’ordre divin ce qui est vrai pour toutes les sciences qui ont pour Cause Première Dieu Créateur ?

Les rois mages étaient des païens, mais leur respect du Droit naturel et de la Loi naturelle leur valut l’attention du Ciel, ce qui leur permit de comprendre un évènement scientifique de l’intérieur qu’ils avaient observé et, aujourd’hui, nul ne se risquerait d’intégrer dans une relation divine un fait scientifique, une observation de peur d’être exclu des milieux scienti­fiques et de voir leur carrière compromise. Et pourtant, toute la création est la manifestation de la Présence de Dieu, du divin que l’homme doit asservir pour la Gloire de son Créateur et parce que cette mission est dans la nature humaine. Leur droiture a permis à la Providence divine de les guider vers leur Créateur et Sauveur ; c’est un exploit, quand on sait la domination des religions païennes et leurs pratiques de sorcellerie, ils pouvaient être mis à mort à tout instant. L’Esprit Saint œuvrait dans le silence contemplatif de leur cœur.

Les rois mages représentent les trois groupes ethniques issus des fils de Noé : Sem, Cham et Japheth qui repeuplèrent la terre. Ce sont tous les hommes, toutes les nations et les peuple qui se retrouvent par eux aux pieds de l’Enfant Dieu, ils annoncent leur évangélisation et en effet, le Nom bénit de Jésus-Christ leur est connu ; la mission évangélisatrice de l’Eglise atteint un point d’accomplissement qui se déploiera à l’ouverture du cinquième Sceau de l’Agneau de l’Apocalyse.

Leur présence à Bethléem est également significative de la Royauté Universelle de Jésus qui fut révélée à sainte Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial puis à Sœur Olive Danzé dont la mission fut de propager le culte du Christ Roi de l’Univers, de faire construire une basilique sous ce vocable à Paris ; basilique qui fut démolie à la demande du président Giscard d’Estaing pour élever un immeuble de rapports au profit de ses amis, demande à laquelle souscrit l’archevêque-cardinal, Mgr Marty, qui mourut écrasé dans sa voiture par un train alors qu’il venait de refuser quelques minutes avant, d’assister un prêtre dans un exorcisme difficile5. Son éminence n’a pas vu que cette proposition d’assistance était l’ultime grâce offerte pour son salut6.


Les offrandes des rois mages :


L’or est le symbole de la divinité, la couleur de la Saine Trinité, il symbolise la majesté d’un état de vie, d’une charge en lien avec elle ; il représente l’éternité du seul point de vue surnaturel.

L’encens est l’expression et l’affirmation de l’honneur que l’on doit à Dieu, mais également aux hommes fidèles et aux célébrants, les deux formant le Corps Mystique du Christ ; l’encens est l’expression sensible de la prière individuelle et collective qui monte vers Dieu, une adoration en esprit.

La myrrhe est un parfum et un baume qui rappelle l’honneur et le respect que l’on doit au corps de l’homme, lui reconnaissant sa dignité, car il aura été le temple de la divinité et, pour nous fidèles du Christ Jésus, elle signifie sa résurrection.

Les rois mages exprimèrent par leurs offrandes les prémices d’une théologie du corps, ce que reprendra et enseignera le Pape saint Jean-Paul II ;. Ils furent les précurseurs du prophète Siméon et de la prophétesse Anne qui surent reconnaître la Promesse faite à Abraham et à sa descendance.

La première des conclusions à faire sur cette épiphanie est de considérer les faits en eux-mêmes : nous rappeler les paroles de saint Paul : ce que nous pouvons connaître de Dieu… la création nous le donne ; et, aussi ce qu’enseigne l’Église, qu’il est possible à tout homme de découvrir qu’il n’y a qu’un Dieu et donc de l’honorer. La foi en un Dieu est à la portée de tout homme, la foi chrétienne exige la Révélation et le baptême, c’est une rencontre de personne à une autre Personne.

L’épiphanie contient un enseignement quant à ce que sera le mode de gouvernement des peuples chrétiens. Cette modalité se déduira de la souveraineté du Christ Roi de l’Univers avec l’exigence d’un dépouillement intérieur et extérieur dont la Nativité de Jésus sera l’archétype, car elle est la source de la nouvelle royauté, du Nouvel Israël accompli. Le souverain restaurera les liens filiaux entre le roi et ses enfants qui ne seront plus des sujets, car ils vivront des fruits d’une paternité surnaturelle dont le souverain sera le canal. Il y a dans la démarche de ces rois mages une lumière qui se projette sur l’idéal des rois qu’incarna David et qui se retrouvera chez Clovis, Charlemagne, Louis IX et Louis XVI, chacun avec sa qualité dominante, ils furent la figure du futur Grand Roi qui régnera selon l’appel du Christ Rois de l’univers. Le souverain désigné par le Ciel et seulement par lui sera le quatrième roi de Bethléem, il sera le garant du Droit et de la Paix selon Dieu.

Le 27 novembre 511 le roi Clovis 1er mourait, le jour anniversaire de sa mort, le 27 novembre 1830, à la chapelle de la rue du Bac, la Vierge Marie commande à Catherine Labouré de faire frapper la médaille dite miraculeuse ; 155 jours après cette mémoire, le Pape François proclama la Maternité de Marie, Mère de l’Église ; 666 jours plus tard, en célèbre la mémoire de saint Patrick qui pria pour la venue de l’Antichrist et son triomphe afin que Dieu mette un terme à son pouvoir de séduction sur les hommes, mais il s’agit également de l’annonce du triomphe de la Vierge des douleurs de l’enfantement qui triomphe sur le mystère d’iniquité ; 72 jours plus tard soit la durée de vie de la Sainte Vierge Marie parmi les hommes, soit au total 738 jours après la mémoire de la Médaille Miraculeuse, mais aussi les dimensions de la Croix Glorieuse de Dozulé et, le jour anniversaire de la fin du déluge de Noé ainsi que celui de l’assomption d’Enock et de Saint Joseph, le roi caché d’Israël et le Roi triomphant du Nouvel Israël (France), ce qui correspond à l’instauration de la souveraineté du roi sur les 70 nations qui furent directement dans la filiation de la descendance de Noé.

Comme écrit supra, la Révélation s’incarne dans la réalité de l’homme et de toute la création assumant avec poids et mesures l’histoire générale qui ne peut être séparée de celle du salut personnel ni celui des nations et peuples. Les rois mages ont bien une place éminente dans cette fin des temps qui accomplira la restauration de toute chose dans sa vérité.


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1-Le récit qu’en fait M.Valtortat n’a guère de relation historique, la position du Saint Siège sur cette œuvre est justifiée, car elle détourne le fidèle du nécessaire effort de vérité qu’il doit faire. La condamnation n’a jamais été levée, cette œuvre doit donc être écartée de nos bibliothèques.

2-Il met un terme au fonctionnement et au gouvernement de l’Église selon la grille de l’imperium, revenant à l’esprit des premiers siècles qu’illustra le premier Concile de Jérusalem et les Actes des Apôtres : la synodalité à partir du laïcat et l’abandon du carriérisme impérial si cher à nos démocraties.

3-L’un des actes forts de la dynastie des Tang fut d’interdire le sacrifice humain, nous sommes en 618-755.

4-L’onomastique – étude des noms propres – ce qui donne la toponymie.

5-On ne se moque pas de Dieu !

6-Rien n’est plus tragique pour un consacré de mourir de cette manière et sans les sacrements.

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